V.2 Révolution-Empire : la Terreur

Publié le par thierry aprile

La « Terreur »

 

Période symbole de la Révolution de ses « excès », la guillotine et son fonctionnement erratique et sans aucun discernement étant l’image marquante. Incapacité à tolérer opposition en temps de guerre. Contexte de pression d’une forte mobilisation du peuple s’inscrivant dans une culture révolutionnaire : fêtes, clubs, chansons, costumes, journaux, vocabulaire… et s'exprimant parfois par une violence extrême (exemple massacres de septembre 1792 : la foule envahit les prisons et massacre les prisonniers)

 

Une période caractérisée par l'enchaînement rapide des faits qui commence les 4-5 septembre 1793 (la Convention met la Terreur à l’ordre du jour, loi des suspects, Maximum général…), renforcée le 10 octobre (le gouvernement se déclare révolutionnaire jusqu’à la paix) puis par la loi de la Grande Terreur (10 juin 1794 – 20 prairial an II) et s’achève le 9 thermidor (27 juillet 1794).

 

Période marquée par la conjonction de périls :

  • guerre contre les puissances étrangères coalisées et menaçantes : levée de 300 000 hommes en février 1793, levée en masse fin août
  • guerre civile (guerres de Vendée) entre mars 1793 et pacification partielle de janvier-février 1795, avec dévastation par les « colonnes de Turreau » à partir de janvier 1794
  • révoltes « fédéralistes » dès mars 1793, puis juin-juillet pour soutenir l’éviction des députés « girondins » de la Convention
  • radicalisation parisienne, les « enragés » exigent des mesures radicales pour faire face à la misère (attaques contre des boulangeries…) émanant du mouvement sans-culotte
  • oppositions grandissantes au sein de la Convention entre députés « montagnards », soutenus par la « Plaine », et les « girondins ». Les députés girondins sont éliminés le 2 juin.

Les acteurs : une politique officielle et revendiquée, menée par deux Comités émanant d’une Convention exerçant une « dictature de salut public », sous la pression du mouvement populaire parisien mené par les « enragés » qui s’est proclamé « commune insurrectionnelle » le 1 avril 1793. :

  • le comité de salut public (créé le 6 avril 1793), véritable centre d’impulsion du pouvoir exécutif 
  • le comité de sûreté générale, chargé de la surveillance des suspects et de l’exécution de la justice révolutionnaire

La violence révolutionnaire : celle du mouvement populaire organisé, surtout parisien, celle de l’Etat contre les « traîtres » ou perçus et désignés comme tels

Eléments de cette politique révolutionnaire :

  • économique (mise en place d’une économie de guerre : prélèvements, réquisitions, fourniture d’armements…),
  • politique : pouvoir confié au comité de salut public, réélu chaque mois par la Convention, proclamation de la centralité du gouvernement révolutionnaire  le 4 décembre 1793 – 14 frimaire an II…
  • sociale : loi du maximum 29 septembre 1793 : prix des denrées fixé à celui de 1790 + 1/3, abolition complète des droits féodaux, distribution des biens des suspects aux pauvres 26 février 1794…
  • idéologique : mesures déchristianisatrices en novembre 1793, fêtes de l’Etre suprême après que la Convention ait reconnu « l’existence de l’Etre suprême et de l’immortalité de l’âme » le 18 floréal (7 mai 1794) ; calendrier révolutionnaire (A & B)obligatoire à partir du 24 novembre 1793….
  • juridique
    • loi des suspects (17 septembre 1793) doivent être arrêtés émigrés, réfractaires, « gens sans aveu », + parents d’émigrés, « partisans de la tyrannie, du fédéralisme et les ennemis de la liberté »
    • Tribunal révolutionnaire à Paris (16 juges, 60 jurés, 5 substituts) et Tribunaux criminels dans les départements qui jugent « révolutionnairement »
    • loi du 22 prairial (10 juin 1794) accélération des procédures « pour que le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître », sont supprimés : interrogatoire préalable, défense de l’accusé et nécessité de la preuve du crime = début de la Grande terreur : 1400 exécutions dans les 6 semaines suivantes, plus que dans les 14 mois précédents.

 

Conséquences politiques :

  • après élimination des députés girondins, élimination successive de différentes « factions » : exécution des hébertistes « exagérés » 24 mars 1794 (1 germinal), puis des dantonistes « indulgents » le 5 avril (16 germinal)
  • divisions entre la Convention qui revendique la totalité de l’exercice du pouvoir et le mouvement sans-culotte.
  • Dès le 9 Thermidor, début de la légende noire de Robespierre, l’ « incorruptible », désigné comme seul responsable de la Terreur, coupable d’avoir voulu rétablir la monarchie à son profit

 

Bilan de la Terreur

  • 500 000 suspects, 17 000 condamnations à mort + 20 000 exécutions sommaires
  • 200 000 morts pour ensemble des « guerres de Vendée »

 

Problème historiographiques posés : ce gouvernement d’exception est-il justifié par les « circonstances » ? Car la Terreur ne cesse pas quand le péril faiblit.

  • "Dérapage" idéologique du à l’incapacité des révolutionnaires à penser le démocratique ? ou même "matrice des totalitarismes" du XXème siècle ? (F.Furet)
  • controverse idéologique et politique à l'assemblée sur la question de l'égalité sociale, révélée par la journée du 9 thermidor.
  • cruauté individuelle de certains représentants en mission (ex Carrier à Nantes)
  • fascination de la mort purificatrice pour « régénérer » la société
  • hantise du complot et atmosphère de guerre civile qui conduit à concevoir  la lutte politique comme une élimination physique de l’adversaire 

 

 

 

 

 

Publié dans M1 HISTOIRE

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