Les "dates" du programme d'histoire. (I)

Publié le par thierry aprile

 

"savoir ses dates" est l'opération la plus commune que l'on attend de l'apprentissage de l'histoire. De fait, il revient à l'historien de sélectionner tel ou tel événement, accompagné de sa datation, comme particulièrement révélateur du problème qu'il entend traiter. Le débat autour de l'enseignement de l'histoire et ces questions de la mémorisation de dates et de personnages reste très vif.

Un ouvrage récent 1515 et les grandes dates de l'Histoire de France revisitées par les grands historiens d'aujourd'hui, dirigé par Alain Corbin, Seuil 2005 s'est proposé de relire "la liste des dates qu'il est demandé aux élèves de connaître" L'histoire de France à l'école manuel de cours élémentaire et moyen, Désiré Blanchet & Jules Toutain, Belin, 1938. On voit que la conception de l'événement a profondément changé dans les commentaires des historiens d'aujourd'hui.

 

Pour traiter un événement, on doit procéder dans un sens qui permet la construction d'un raisonnement historique :

1/ que s'est-il passé à ce moment là ?

2/ comment peut s'expliquer cet événement ?

3/ comment cet événement a ouvert une nouvelle période ultérieure ?

 

Ainsi, la date de 52 avant notre ère : Alésia sert à fixer dans les mémoires Les Gaulois, la romanisation de la Gaule. L'étude de cette date ne doit pas s'étendre exagérément sur les détails du siège et de la défaite des assiégés gaulois face aux assiégeants romains, et utiliser ce moment pour comprendre le contact entre deux civilisations gauloise (celte) et romaine, et le début d'un processus d'intégration de sociétés nouvelles dans un ensemble impérial plus vaste (la romanisation) qui donne naissance à ce que l'on appellait autrefois la société "gallo-romaine".

Voir le commentaire de cette date par Pierre Cabanes

 

Les 3 dates à retenir ensuite 496 : baptême de Clovis ; 800 : couronnement de Charlemagne ; 987 : Hugues Capet, roi de France ont pour fonction de faire comprendre Après les invasions, la naissance et le développement du royaume de France.

Cette démarche rétrospective vise à distinguer, tout en établissant une continuité entre 3 moments de la construction du royaume de France sur le territoire de la Gaule romaine après la désagrégation de l'Empire romain d'Occident :

 

1/ le royaume de Clovis (481-511) qui se caractérise par la fusion entre les apports barbares, le christianisme et les vestiges de la romanité. Voir le commentaire de cette date (très discutée) du baptême de Clovis par Michel Sot

 

2/ la construction carolingienne symbolisée par le couronnement de Charlemagne à Rome en 800. On notera à cette occasion que la construction de la dynastie carolingienne à partir de l'oeuvre des "maires du palais", ancêtres de Charlemagne, qui ont conquis le pouvoir réel des mains des souverains mérovingiens n'est plus citée dans le programme actuel ("732 : Charles Martel, chef des Francs, gagne sur les arabes la bataille de Poitiers" et "752 : Pépin le Bref se fait sacrer roi"). De même, n'est pas mentionnée la date du traité de Verdun en 843 qui partage l'Empire entre les 3 petit-fils de Charlemagne, qui pourtant fixe les limites orientales du royaume de Francie Occidentale pour plusieurs siècles. Voir le commentaire du couronnement de Charlemagne par Michel Parisse

 

3/ l'avénement de la dynastie capétienne en 987. Voir le commentaire du couronnement d'Hugues Capet par Monique Bourin

 

Ces trois dates symbolisent chacune la difficulté d'articuler un pouvoir central considéré comme légitime et l'éclatement de la réalité du pouvoir en de multiples principautés. L'avénement de la dynastie capétienne donne ses contours à la personne du Roi de France qui se caractérise par le sacre (et progressivement la définition de pouvoirs sacrés "thaumaturgiques" qui en font un intermédiaire entre Dieu et les hommes), l'hérédité de la couronne, la gestion prioritaire du domaine royal géré comme un bien patrimonial inaliénable, le développement d'un pouvoir essentiellement domestique qui ne renonce pas à son extension patiente à l'échelle du royaume tout entier.

 

Pour l'époque moderne, la date de 1492 : Christophe Colomb en Amérique vient illustrer Le temps des Découvertes et des premiers empires coloniaux ; la date de 1598 Henri IV et l’édit de Nantes vient illustrer l'une des dimensions de la Renaissance : catholiques et protestants

 

1/  Christophe Colomb en Amérique

a/ le projet d’un homme

  • Christophe Colomb 1451 Gênes – 1506 Valladolid
  • navigateur au service des rois d’Espagne Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon
  • difficile d’écrire sa biographie, peu de témoignages fiables derrière les légendes
  • marin et spécialiste des sciences de la navigation
  • vit au Portugal et à Madère (épouse la fille d’un gouverneur de l’ïle portugaise)
  • homme de foi, profondément religieux
  • un projet atteindre par route de l’ouest les royaumes de Chine (Cathay) et du Japon (Cipangu)
  • longue patience : projet refusé par roi Portugal Jean II en 1484, puis par Isabelle de Castille en 1485, 1490, 1491 ; projet accepté finalement en avril 1492 « capitulations de Santa Fe » à Grenade
  • 4 voyages successifs : 1492-1493 ; 1493-1496 ; 1498-1500 ; 1502-1504

 

b/ qui s’inscrit dans une démarche partagée par les hommes de son temps

  • expéditions maritimes transcontinentales : carte synthétique et commentaire
  • visée religieuse : expansion de la chrétienté aux frontières du monde connu
  • visée politique : faire coïncider les limites de l’Empire avec les limites du monde
  • visée économique : accéder aux richesses
  • démarche intellectuelle vérifier les informations contenues dans livres disponibles
  • démarche scientifique raisonnement à partir de la rotondité de la Terre

 

c/ date symbole

  • des « grandes découvertes », de l’esprit d’aventure
  • de l’évangélisation
  • de la colonisation et de l’esclavage : nommé avant son départ Amiral, vice-roi des Indes, gouverneur général des territoires qu’il découvrirait
  • de la rupture dans l’historiographie entre Moyen-Age et Temps Modernes
  • de "l'invention du monde" par les Européens, non pas que le monde n'existait pas avant bien sûr, mais dans ce hasard historique qui a rendu les Européens capables de relier (à leur profit) toutes les parties du monde. Ce que F.Braudel désignait par le terme d'"économie-monde", dressant deux cartes saisissantes l'une en 1500, l'autre vers 1775. La légende de ces deux cartes "les économies-mondes européennes à l'échelle de la planète. A/ l'économie européenne en voie d'expansion est représentée d'après ses trafics majeurs à l'échelle du monde entier. En 1500, à partir de Venise, sont exploités, en prise directe, la Méditerranée et l'Occident ; des relais prolongent cette exploitation vesr la Baltique, la Norvège et, au-delà, des Echelles du Levant, vers l'océan Indien. B/ en 1775, la pieuvre des trafics européens s'étend au monde entier : on distinguera, d'après leurs points de départ, les trfaics anglais, néerlandais, espagnols, portugais et français. Pour ces derniers, en ce qui concerne l'Afrique et l'Asie, il faut les imaginer confondus avec les autres trafics européens. Le problème était de mettre en lumière, avant tout, le rôle des liaisons britanniques. Londres est devenu le centre du monde. En Méditerranée et en Bamtique, seuls sont distingués les itinéraires essentiels que suivent tous les navires des diverses nations marchandes.

 

2/ voir le commentaire de l'édit de Nantes par Philippe Joutard 

Publié dans M1 HISTOIRE

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