Entrer dans le programme d’histoire par…

Publié le par thierry aprile

Ci-dessous, 12 entrées possibles dans le programme d’histoire. Au cycle III, l’ambition affichée est de marquer des repères, notamment de dates et de personnages. Explorer le temps historique en prenant appui sur les dimensions du temps construites précédemment (et à toujours rappeler) : durée (long/court), succession (avant/après), répétition (cycle), simultanéité (dans le même moment actions différentes), mémoire.

Comment entrer dans le programme d’histoire par…

1/… L’événement (les « dates »)
•    ce qui s’est passé
•    pourquoi ?
•    et alors ? les répercussions de l’événement à court, moyen, long terme

2/ … un ou des personnages (les « grands hommes »)
•    Le situer dans son histoire privée qui est-ce ?
époque (naissance, mort) ; famille (héritage, alliances, descendance) ; lieu (enracinement régional) ;  événements vécus, expérience historiques de la richesse, de la pauvreté, de la guerre…) ; culture (langue, religion…) ; formation (éducation, formation, apprentissage…)
•    Son rôle dans l’histoire qu’a-t-il fait ?
actions marquantes, hauts faits ; classement dans une ou plusieurs des catégories du « grand homme »
•    Sa place dans l’histoire pourquoi et comment on s’en souvient encore aujourd’hui ?
organisation de sa légende de son vivant (propagande…), par lui-même ou ses proches (biographes…) ; le regard porté par l’historiographie objet de débats : opposition légende noire/dorée

3/… un ou des  lieux
exemples possibles : a/ un bâtiment civil, religieux, militaire b/ un jardin c/ une ville : fait urbain ou une ville en particulier, comme Massilia, Paris, Jérusalem, St Jacques de Compostelle…)
Questionnement objectif, toujours mettre en relation avec une société, une activité, une époque...

Pour un bâtiment ou un jardin
•    La perception des bâtiments. Ce que l’on en voit
intérieur/extérieur ; forme du volume (soubassement/façade/toit) ; lignes dimensions (échelle indispensable) ; pleins et vides (murs, ouvertures et leur forme ; ombre et lumière ; matière et matériaux ; les techniques utilisées pour la construction (pierre, mortier, poutres, linteaux, béton, fer, contraintes de forces…)
•    Les fonctions du bâtiment. A quoi sert-il ? A qui sert-il ?
spécialisation : se loger, vivre, travailler, se déplacer, acheter, se distraire (donc classement en logements, équipements… public/privé ; qui y entre, qui y réside, qui y passe, dans quelles circonstances, à quel moment…
•    La relation entre le bâtiment et son environnement
le bâtiment dans le paysage : intégration/opposition dans une trame existante (rues, places…), dans une ville, à l’échelle de la ville, du quartier, de l’ilôt… ; le bâtiment dans l’univers technique (« typique » ou novateur), culturel (style) ; le bâtiment dans la société : ce que le bâtiment veut dire à la société / ce que la société ressent face au bâtiment (impression esthétique : beau/laid, connu/inconnu…, impression politique : crainte/adhésion…)

Pour une ville

•    le paysage urbain :
le plan, la rue, le bâtiment, les monuments, principes d’urbanisme… question des limites de la ville (centre/périphérie...)
•    les fonctions urbaines :
échange (ponts, routes, marchés, quartiers commerçants…)/ production (artisanat, usines…) / lieu de pouvoir (politique, savoir, culture, religion…)
•    la ville dans un système de relations :
rapports ville/campagne (comment et d’où la ville draine-t-elle sa nourriture, sa richesse, les matières premières qu’elle transforme…), place dans réseau urbain (comment la ville est en relation de complémentarité, de dépendance, de domination… avec toutes les autres villes), notion de capitale (politique, économique, culturelle…)


4/… une société ou un groupe social

Pour une société :
•    Ce qui réunit les hommes entre eux
complémentarité et division du travail, solidarités entre les hommes, points communs (peur de la mort, crainte du salut, espoir dans le progrès…)
•    Ce qui oppose les hommes entre eux
hiérarchie dominants/dominés (richesse/pauvreté), rapports de force (urbains/paysans, hommes/femmes…),  valeurs différentes selon les groupes sociaux (lutte de classes, droite/gauche, guerres de religion, guerres civiles…)
•    caractériser la place de l’individu dans la société
tension entre holisme / individualisme : lente émergence de l’individu comme valeur centrale au cours de l’histoire, alors que très longtemps l’individu n’existe qu’à travers son appartenance à un groupe (famille, village, métier, ordre…)

Pour un groupe social, est toujours une construction de l’extérieur, mais qui correspond à une réalité objective (les éléments d’homogénéité du groupe l’emportent sur les éléments d’hétérogénéité) et subjective (le sentiment de constituer un groupe).
•    composition et structures :
caractères communs et diversité (démographie, évolution, critères de diversité par sexe, origine, type d’établissement…). Peser les éléments d’homogénéité et d’hétérogénéité qui permettent de construire un groupe social, comment le groupe social est-il vu par les autres (admiration, crainte…), comment se constitue le sentiment de former un groupe…
•    conditions de travail et conditions de vie
•    poids et intervention dans la dynamique globale de la société :
syndicalisme, mouvement ouvrier, question ouvrière, question paysanne, révolte paysanne

5/… une activité, une technique, un objet.

Pour une activité :
•    entrer par les trois « secteurs » d’activité : agriculture, industrie, services. Notion de circuit d’échanges
•    entrer par la vie quotidienne, en liaison avec rythmes biologiques : besoins fondamentaux : se nourrir, se vêtir, se loger / autres besoins : se distraire (jeux et jouets), apprendre (école)

Pour une technique, une machine :
•    description et fonctionnement
•    l’amont : ce qui est nécessaire pour la faire fonctionner (invention/innovation, matières premières, énergie…)
•    l’aval : comment machine modifie les façons de produire, d’échanger, de se déplacer, de manger… la géographie

Pour un objet :
•    le type qu’est-ce que c’est ?
•    le genre, à quoi ça sert ?
•    ce qu’il nous dit sur l’histoire

6/… la politique, c’est à dire la question du pouvoir, Qui commande ?
Parvenir à la définition d’un régime politique, en répondant aux questions suivantes :
1.    Qui exerce le pouvoir incarnation dans un homme, un lieu, un concept (République)
2.    D’où vient le pouvoir ? (Dieu, dynastie, citoyens… élection divine ou suffrage)
3.    Domaines d’exercice (absolutisme, division des pouvoirs)
4.    Exercice du pouvoir : modalités (répression/compromis), administration et ses différentes échelles (centrale, régionale, locale), notion de propagande
5.    La définition de l’organisation des pouvoirs (rapport de forces, tradition, Constitution)
6.    Contestations et remises en cause du pouvoir (objectives : obstacles au projet de pouvoir absolu… ou révoltes et révolutions).

7/… la géopolitique. La construction d’un espace.
•    La pénétration dans l’espace : la conquête militaire, invasions ou migrations
•    La maîtrise de l’espace : la construction de réseaux urbains, militaires, commerciaux, religieux
•    Conserver l’espace : diffuser une langue, une monnaie, une administration

8/… la guerre, la violence
•    déroulement : batailles/guerres, participants (soldats, généraux…), début, fin, les enjeux de la guerre
•    faire la guerre : tactique, stratégie, emploi d’armes différentes, règles de la guerre et du combat implicites et explicites. La notion de « guerre totale » au XXème siècle constitue justement la disparition des règles de la guerre (plus de séparation militaire/civil, front/arrière
•    les conséquences de la guerre : traité comme compromis, rapports entre vainqueurs et vaincus, destructions/reconstructions…

9/… le fait religieux
•    définition : un ensemble de croyances, de rites et de pratiques
•    une institution : réseau, hiérarchie, bâtiments
•    la religion dans la société
impose une normalisation des comportements publics (justice, éducation, assistance…) et privés (sexualité), et pourchasse les déviances (hérésies, schisme, affrontements de toute nature…)
répond aux questions que se posent les hommes : comment vivre en société, pourquoi la souffrance, le mal, la mort, comment expliquer le monde (récit de création)

10/… la culture
Le terme le plus opératoire semble être celui de « représentation », à la fois la façon dont on se représente le monde, la vie, la mort, l’avenir, le passé… et la façon dont on représente le monde, la vie, la mort…

Pour la science
•    la conception nouvelle
•    sa production
•    sa réception et ses conséquences

Pour une œuvre d’art (peinture, musique, poésie…). Entrée privilégiée dans le cadre de l’histoire des arts
•    l’œuvre : représentation, matériaux, couleurs, formes…
•    sa production : artiste/artisan, commanditaire, mécène…
•    sa réception : qui la voit, quand, où, ce que l’oeuvre nous dit sur la société

11/ … la mémoire
Exemples possibles : commémoration, monument aux morts, etc…
il s’agit ici d’une opération confrontant le présent et le passé, relevant de l’opération patrimoniale : pourquoi et quand a-t-on décidé de se souvenir de tel événement (et pas d’autres)
•    quelles sont les formes du souvenir ? Comment on se souvient le fait historique (personnage, événement…) est présent aujourd’hui (matériellement, symboliquement…)
•    de quoi veut-on se souvenir ? quel fait historique passé est présent aujourd’hui
•    quelle intention dans ce souvenir ? quelle valeur veut-on exalter (gloire, courage, résistance, souffrance…) Y a-t-il différentes mémoires du même événement (militarisme/antimilitarisme, vainqueurs/vaincus

12/ … la fiction. Entrée privilégiée dans le cadre de la littérature de jeunesse
Le support est pour nous le « roman historique » sous toutes ses formes (sans exclure évidemment les autres formes de littérature de jeunesse comme le conte, théâtre, poésie… voir liste).
On ne peut que souligner la difficulté d’une telle entrée, implicitement fondée sur l’idée qu’un cours d’histoire serait nécessairement rébarbatif. L’opération est en effet très complexe : il s’agit de faire à l’envers le chemin qu’a fait l’auteur de la documentation historique vers les codes de la fiction. L’enseignant doit donc
•    expliciter les ressorts de l’intrigue
•    faire relever les éléments de contextualisation historique
•    faire confronter ce qui relève du savoir historique et ce qui relève de la fiction : vérité/imaginaire, vrai/vraisemblable/faux…
Un travail interdisciplinaire exigeant, difficile qui impose implicitement de maîtriser ce que l’auteur a retenu de sa documentation historique. Pas un constat d’échec, mais une règle : préférer les ouvrages qui distinguent clairement intrigue et documentation historique.


Publié dans M2 HISTOIRE

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