V.1 Révolution-Empire : aspirations à liberté et égalité

Publié le par thierry aprile

NB les illustrations proviennent de l'excellent ouvrage, remarquablement synthétique, de JP Jessenne La révolution et l'Empire 1783-1815 Carré Histoire Hachette, 1993 ou du volume de la nouvelle collection d'histoire de France aux éditions Belin 1789-1815 Révolution, consulat et Empire, M.Biard, P.Bourdin, S.Marzagalli

 

Nous entrons avec cette leçon dans le domaine couvert par l'excellent site histoire-image.org

voyez donc les 2 hors série :

http://www.histoire-image.org/site/lettre_info/hors-serie-revolution-francaise.php

http://www.histoire-image.org/site/lettre_info/hors-serie-napoleon-bonaparte.php

 

 

L’aspiration à la liberté et à l’égalité

 

L'intitulé de cette leçon est à lui seul un problème : par "aspiration", l'historien peut lire les façons diverses dont des revendications se traduisent en mouvement politique et obtiennent satisfaction ; en revanche le contenu de la liberté et de l'égalité sont plus difficiles. Définir leur contenu effectif peut renvoyer à 3 réflexions :

- c'est la logique des Déclarations des droits de l'homme et du citoyen : il y en a eu 3 pendant la période en 1789 (encore en vigueur), en 1793, en 1795. Proclamer la liberté et l'égalité des citoyens contraint l'ensemble de l'organisation politique (c'est à dire concrètement le reste du texte de la Constitution) à faire respecter ces principes.

- deux visions de la liberté et de l'égalité se sont affrontées pendant la Révolution : la première considère l'individu politique et juridique ; pour elle, l'égalité signifie l'égalité devant la loi, et la liberté, la garantie par l'Etat des libertés politiques. La seconde conception considère l'individu social ; pour elle l'égalité entre les citoyens doit se construire par des politiques de l'Etat (instruction, assistance, travail...) pour corriger les inégalités, c'est l'égalité des conditions qui doit permettre à tous l'exercice de la liberté.

- progressivement, se sont donc constituées deux courants politiques : le "libéralisme" qui voit la dynamique sociale comme le résultat du libre comportement des individus et donc s'oppose à une intervention de l'Etat qui empiète sur la liberté des individus ; le "socialisme" qui considère que l'intérêt général de la société ne peut se déduire de la seule combinaison de l'action des individus. Il considère que l'Etat a pour fonction d'aider à construire les conditions de l'égalité entre les citoyens.

En bref, pour les uns la liberté est la condition de l'égalité, pour les autres, c'est l'égalité qui est la condition de la liberté.

 

La conséquence de ces remarques est que cette leçon doit se décliner en deux temps, 1789 (la fin de la monarchie absolue et la DDHC de 1789) et 1793 (la République et la constitution de l'an I) pour aller vite

 

1er moment :      La fin de l’Ancien Régime politique et social

 

 

o   Quelles en sont les étapes ? Une trame évènementielle très dense durant l’année 1789. Les "émotions" populaires ne sont pas une nouveauté au XVIIIe, mais elles provoquent un changement de régime : la foule devient le peuple.

  • Quelle séquence révolutionnaire ? L'assemblée des Etats Généraux se proclame Assemblée Nationale, et constitue de fait un second pouvoir face au roi. Craignant une réaction venue du roi et de ses partisans, les Parisiens s'arment (prise de la Bastille), des campagnes se soulèvent contre les châteaux (Grande Peur), des municipalités se constituent : les conditions d'une guerre civile semblent réunies. Mais elle ne se déclanche pas en 3 événements : "abolition des privilèges" le 4 août ; début de la rédaction d'une constitution (DDHC le 26 août) ; le roi quitte Versailles pour Paris le 7 octobre.

o  Quelles revendications ? Elles sont connues par les cahiers de doléances, rédigés à l'issue d'une procédure complexe, fondée sur la répartition de la population en 3 ordres, qui a tendance à affadir le contenu des revendications. 

  • Quels en sont les acteurs ? les députés aux Etats-généraux, qui deviennent une assemblée révolutionnaire, le peuple urbain dans sa diversité et notamment le peuple parisien (que l'on nommera ultérieurement les "sans-culottes", et le peuple des campagnes.

 

o   Que reconstruire après cette rupture ? Une nouvelle constitution, fondée sur de nouveaux principes, les droits de l'homme et du citoyen, un nouveau cadre  politique et juridique.


o   Quels sont les obstacles à cette reconstruction ?

La persistance des troubles sociaux sur des enjeux divers

Les divisions de la population face à la réorganisation du clergé : constitution civile du clergé qui oblige les prêtres à prêter serment  ( jurer )   au régime et en fait des fonctionnaires d'Etat ; et vente des biens du clergé.

  Les hésitations du roi, ses relations ambigües avec l’extérieur (émigrés et)

 

2)      Comment expliquer cette rupture ?

 

 

o  l'organisation globale de la société, divisée en ordres apparaît de plus en plus en décalage avec les réalités sociales et économiques, notamment en ce qui concerne l'importance des prélèvements qui ne pèsent que sur le travail. Dans la société de "privilèges" (étymologiquement privata lex, loi privée), les libertés s'exercent en fonction de chaque situation. L'enjeu est bien de combattre les inégalités face au droit, aux impôts, à la richesse, et d'accorder la liberté à tous.  

 

  • Des causes à rechercher dans une crise touchant de  multiples domaines : politique (instabilité ministérielle : Calonne remplacé par Necker, lui même renvoyé... , revendications des Parlements de jouer un rôle politique), économique (cherté conjoncturelle des grains dans un contexte global plutôt favorable), financier (situation de quasi faillite des finances du royaume)

 

o   Des influences à rechercher dans le mouvement des idées des Lumières et dans les exemples étrangers, notamment américain.

2nd moment : la République

enjeu 1 : bien distinguer (dans l'esprit des élèves) 1789 et 1792 : la fin de la monarchie absolue n'est pas immédiatement la République qui en est le contraire sur nombre de plans.

enjeu 2 : bien dégager de ce moment les traits distinctifs du régime républicain qui a inspiré tout au long du XIXe le courant "républicain" et s'est incarné dans 2 régimes : la deuxième République (1848-1851) puis la troisième République (1870-1940). Il s'agit bien de mettre en place l'opposition Monarchie/République/Empire.

enjeu 3 : avoir à l'esprit, aujourd'hui que tout le monde ou presque se proclame "républicain", que la République, intimement liée à la Révolution et la Terreur, a été l'enjeu de luttes politiques acharnées entre républicains et anti-républicains (monarchistes et partisans de l'Empire), mais aussi entre républicains (les modérés retenant de l'héritage révolutionnaire 1789 et surtout 1790 - fête de la fédération- ; l'extrême-gauche tenant pour 1793).

L'inflexion est nette entre les deux déclarations des droits de 1789 et de 1793. La Constitution de l'an I, jamais appliquée du fait de la conjoncture révolutionnaire (voir Terreur) donne une lecture de la démocratie fondée sur 3 traits essentiels :

élection de l'Assemblée au suffrage universel masculin pour 1 an

un exécutif qui émane de cette Assemblée composé de 24 membres sur proposition des départements

les assemblées primaires de citoyens peuvent s'opposer à une loi et être consultées par referendum.

 

 

 

 

 

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