L’évolution récente des périphéries de villes

Publié le par didier mendibil

 

L’évolution récente des périphéries de villes

 

 

C’est à partir des années 1970 que les agglomérations urbaines ont cessé de se développer en auréoles concentriques pour pouvoir absorber les excédents démographique (baby boom) et migratoire (exode rural) de leurs populations.  L’automobile augmentant  la mobilité des citadins, l’espace urbanisé a essaimé  sous des formes et dans des directions  multiples au point qu’il est difficile de dire aujourd’hui  où il commence. Plus qu’un paysage typé l’espace urbain est devenu une manière de vivre les problèmes d’une organisation territoriale diversifiée, fragmentée, voire cloisonnée.  Il en résulte une diversification visiblement croissante des paysages urbanisés.

 

Une définition de plus en plus théorique de la ville.


- C’est le modèle radio concentrique et ses auréoles qui structurait la cité d’avant guerre avec un centre ancien entouré de quartiers résidentiels bourgeois puis de faubourgs ayant progressivement été transformés en une « banlieue (plus ou moins) rouge » selon les directions considérées.

- Après la guerre les pavillons ont localement cédé la place à des quartiers de grands ensembles  situés dans les angles morts de la croissance concentrique. Ils ont absorbé l’essentiel du rattrapage de la population par le baby boom et de l’exode rural des années 1960.

- Puis, à la faveur de la décentralisation et de l’amélioration du réseau des transports autour des pôles citadins, s’est progressivement développée une nouvelle forme de vie urbaine appuyée sur les anciens noyaux villageois et animée par les migrations alternantes quotidiennes vers les centres urbains, tout particulièrement en Ile-de-France.

- Si bien qu’au tournant du millénaire il est devenu nécessaire de reconsidérer l’urbanisation non pas comme  un simple fait numérique (2000 habitants) et urbanistique (continuité du bâti) mais comme un genre de vie caractérisé par la mobilité entre des pôles urbains en réseau. Aujourd’hui l’INSEE a proposé une nouvelle définition complexe qui distingue les pôles urbains (plus de 5000 emplois), les communes périurbaines (dont plus de 40% des actifs travaillent dans un pôle urbain) et les communes multi-polarisées (dont plus de 40% d’actifs travaillent dans différentes aires urbaines) .


Les problèmes spécifiques d’un nouvel  espace périurbain.


La périurbanisation est ce mouvement de dispersion des habitants des villes et de leurs activités au-delà des premières auréoles de banlieues dépréciées et dévalorisées dans le projet de vivre autrement, plus près de la nature et dans des formes d’habitats moins urbains (villes nouvelles, nouveaux villages).

C’est aussi  le choix d’une mobilité plus grande rendue nécessaire par le moindre équipement en commerce et en services d’un espace urbain nouvellement structuré par les axes autoroutiers  et surtout par des centres commerciaux adaptés à la circulation automobile (Rosny, Vélizy sont sur l’A86 à la jonction de deux auréoles périphériques). Dans la semaine c’est la vie partagée entre deux lieux quotidiennement reliés par des heures de migrations alternantes.

La concurrence pour le logement est réglée par le prix des terrains qui conduit à aller chercher les maisons individuelles entourées de jardins  aussi loin que le permettent les moyens de transports (à proximité des autoroutes A4, A6, A7, A1 ou des gares TGV en Sologne, vers Reims ou Chartres et jusqu’à Poitiers même).

Il en résulte une ségrégation socio-spatiale qui fixe et enclave les uns dans certaines poches de pauvreté ou qui pousse les autres à courir toute la journée d’une banlieue à l’autre avec de nombreuses pertes de temps et une pollution devenue inquiétante de l’air et de l’eau.


Des paysages urbanisés en tous genres se succèdent à la périphérie des plus grandes agglomérations


- la banlieue qui jouxte les hyper-centres intéresse une jeunesse « boboisée » à Vincennes ou à Montreuil.

- la banlieue pavillonnaire, certes  vieillissante dans son aspect mais débarrassée de ses entreprises est encore appréciée par les classes moyennes de cadres et de fonctionnaires travaillant à Paris car ils y trouvent d’assez nombreux services publics (stades, hôpitaux, universités).

- les quartiers de grands ensembles , généralement enclavés, se socialement dégradés car des années de politique de la ville plus ou moins renforcée de répression policière n’ont pas réussi à y empêcher la constitution de ghettos socioculturels critiques.
- la construction des villes nouvelles a apporté des concentrations de services publics et de services marchands à Evry, Marne-la-Vallée, Saint-Quentin en Yvelines  ou Cergy ainsi que des mélanges originaux de formes architecturales et urbaines (mélange des fonctions, maisons mitoyennes, espaces verts)qui servent de pôles structurants pour un espace périurbain périphérique essentiellement composé de villages en expansion.

- ces nouveaux villages nombreux dans la vallée de Chevreuse ou autour du parc Eurodisney constituent des isolats périphériques où le mélange de populations se fait mal sauf autour de pôles de loisirs centrés sur le sport (village golf de Bussy-Saint-Georges, équitation, forêt de Fontainebleu, etc.)


CONCLUSION   Les périphéries urbaines sont le siège d’importantes mutations dans le mode de vie des citadins. Leur plus grande mobilité ainsi que les tentatives de structuration d’un mouvement de dispersion croissant ont contribué à grandement diversifier les genres de vie et les paysages des citadins qui dès lors mènent dans l’espace des agglomérations des stratégies spatiales aussi diversifiées qu’imprévisibles.

Publié dans M1 GEOGRAPHIE

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