DOSSIERS : Colonisation et début de la IIIème République

Publié le par véronique Mainguy



DOSSIER 1: LA COLONISATION EN DEBAT EN FRANCE SOUS LA IIIème REPUBLIQUE

Doc 1a

 

Journal Officiel 1885. Débats parlementaires du 28 juillet 1885 : Chambre des députés, Extraits du discours de Jules Ferry. 

 

On peut rattacher le système [d'expansion coloniale] à trois ordres d'idées : à des idées économiques, à des idées de civilisation..., à des idées d'ordre politique et patriotique...

Ce qui manque à notre grande industrie, ce qui lui manque de plus en plus, ce sont les débouchés... La concurrence, la loi de l'offre et de la demande, la liberté des échanges, l'influence des spéculations, tout cela rayonne dans un cercle qui s'étend jusqu'aux extrémités du monde. C'est là un problème extrêmement grave. Il est si grave... que les gens les moins avisés sont condamnés à déjà entrevoir, à prévoir et à se pourvoir pour l'époque où ce grand marché de l'Amérique du Sud, qui nous appartenait de temps en quelque sorte immémorial, nous sera disputé et peut-être enlevé par les produits de l'Amérique du Nord. Il n'y a rien de plus sérieux, il n'y a pas de problème social plus grave; or, ce programme est intimement lié à la politique coloniale... Il faut chercher des débouchés... (Au milieu de violentes interruptions Jules Ferry précise sa pensée.)

   

 Il y a un second point que je dois aborder... : c'est le côté humanitaire et civilisateur de la question... Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je dis qu'il y a pour elles un droit parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures

  Ces devoirs ont été souvent méconnus dans l'histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l'esclavage dans l'Amérique centrale, ils n'accomplissaient pas leur devoir d'hommes de race supérieure. Mais de nos jours je soutiens que les nations européennes s'acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de la civilisation.  

  

(Après avoir parlé, toujours au milieu d'interruptions, de la lutte contre l'esclavage, Jules Ferry aborde un 3ème point.)

Il n'y a pas de compensation... pour les désastres que nous avons subis... [Mais] est-ce que le recueillement qui s'impose aux nations éprouvées par de grands malheurs doit se résoudre en abdication? Et parce qu'une politique détestable, visionnaire et aveugle a jeté la France où vous savez, est-ce que les gouvernements qui ont hérité de cette situation malheureuse se condamneront à ne plus avoir aucune politique européenne ? Est-ce que, absorbés par la contemplation de cette blessure qui saignera toujours, ils laisseront tout faire autour d'eux, est-ce qu'ils laisseront aller les choses, est-ce qu'ils laisseront d'autres que nous s'établir en Tunisie, d'autres que nous faire la police à l'embouchure du fleuve Rouge... Est-ce qu'ils laisseront d'autres se disputer les régions de l'Afrique équatoriale? Laisseront-ils aussi régler par d'autres les affaires égyptiennes qui, par tant de côtés, sont des affaires vraiment françaises?

Je sais que cette théorie existe, je sais qu'elle est professée par des esprits sincères, qui considèrent que la France ne doit avoir désormais qu'une politique exclusivement continentale. Alors je leur demande d'aller jusqu'au bout de leur théorie... Si nous ne devons plus être qu'une puissance continentale, restreignons notre puissance maritime, couvrons nos côtes et nos ports de torpilleurs, mais licencions nos escadres, car nous n'aurons plus que faire de nos croiseurs et de nos cuirassés.

 

Mais si personne n'ouvre cet avis, si personne n'accepte cette conséquence logique des prémices posées, alors cessez de calomnier la politique coloniale et d'en médire, car c'est aussi pour notre marine que les colonies sont faites... Je dis que la politique coloniale de la France, que la politique d'expansion coloniale, celle qui nous a fait aller, sous l'Empire, à Saïgon, en Cochinchine, celle qui nous a conduits en Tunisie, celle qui nous a amenés à Madagascar, je dis que cette politique d'expansion coloniale s'est inspirée d'une vérité sur laquelle il faut pourtant appeler un instant votre attention : à savoir qu'une marine comme la nôtre ne peut pas se passer, sur la surface des mers, d'abris solides, de défenses, de centres de ravitaillement... Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, en se tenant à l'écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure toute expansion vers l'Afrique ou vers l'Orient, vivre de cette sorte pour une grande nation, croyez-le bien, c'est abdiquer, et, dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c'est descendre du premier rang au troisième et au quatrième...



Doc 1b

 

Journal Officiel 1885. Débats parlementaires du 30 juillet 1885 : Chambre des députés, Extraits du discours de Georges Clémenceau. 

 

Lors donc que vous créez des débouchés, vous allez guerroyer au bout du monde, lorsque vous faites tuer des milliers de Français pour ce résultat, vous allez directement contre votre but: autant d’hommes tués, autant de millions dépensés, autant de charges nouvelles pour le travail, autant de débouchés qui se ferment (…). Je passe maintenant à la critique de votre politique de conquête au point de vue humanitaire (…) Nous avons des droits sur les races inférieures. Les races supérieures ont sur les races inférieures un droit qu’elles exercent et ce droit, par une transformation particulière, est en même temps un droit de civilisation. Voilà en vos propres termes, la thèse de monsieur Ferry et l’on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures, races inférieures, c’est bientôt dit ! Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. (…) L’histoire de France depuis la Révolution est une vivante protestation contre cette prétention. C’est le génie même de la race française que d’avoir généralisé la théorie du droit et de la justice, d’avoir compris que le problème de la civilisation était d’éliminer la violence des rapports des nations entre elles.(…) Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dîtes barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flot, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l’histoire de votre civilisation ! (…) Je ne dis rien des vices que l’Européen apporte avec lui : de l’alcool, de l’opium qu’il répand (…) et c’est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l’homme !

 Doc 2


Gateau

Doc 3 : « les 4 races d’hommes », illustration extraites du Tour de France par deux enfants
,

 

 races

 

Doc 3 : Almanach du petit colon algérien (1893)

IMG

Doc
4 : Le drame du Congo-Océan vu par Albert Londres, Terre d'ébène, Albin Michel, 1929.

En 1925, le reporter Albert Londres décrit les atro­cités qui ont accompagné la construction du chemin de fer et ont coûté la vie à plus de 20 000 indigènes.

« Un drame se joue ici (...). Le nègre remplaçait la machine, le camion, la grue. Épuisés, maltraités par les capitals [chefs], loin de toute surveillance euro­péenne, blêmes, amaigris, désolés, les nègres mou­raient en masse. ( ... ) De l'Oubangui au Pool, maris, frères, fils, ne revenaient pas.

C'était la grande fonte des nègres.

Les huit mille hommes promis aux « Batignolles »' ne furent bientôt plus que cinq mille, puis quatre mille, puis deux mille. Puis dix-sept cents ! Il fallut remplacer les morts, recruter derechef. À ce moment, que se passa-t-il

Ceci : dès qu'un Blanc se mettait en route, un même cri se répandait : « La machine ! » Tous les nègres savaient que le Blanc venait chercher des hommes pour le chemin de fer ; ils fuyaient. ( ... ) Nous nous mettions à la poursuite des fugitifs. Nos tirailleurs les attrapaient au vol, au lasso, comme ils pouvaient ! ( ... ) On en arriva aux représailles. Des villages entiers furent punis. »

1. La société des Batignolles, chargée de la construction de la ligne entre Brazzaville et Pointe-Noire.

Doc 5 : Une école française au Sénégal, 1886, photo extraite du manuel de 4ème, Nathan, 1998

 

indexD'après Bernard Droz ( La fin des colonies françaises, Découvertes Gallimard, 2009), à la fin des années 1930, le taux de scolarisation n'atteint que 4% en AOF et 1% en AEF. 

DOSSIER 2: COMMENT LA REPUBLIQUE A-T-ELLE ETE ADOPTEE PAR LES FRANCAIS ? (1870-1914)

Doc 1 : Le triomphe de la République – 1875 – Musée Carnavalet

 

 Triomphe de la R%C3%A9publique

Doc 4 : Bulletin de propagande républicaine pour les élections à la Chambre des députés en 1881 – image d’Epinal - BNF

bullvote


Doc 2 : Le rôle de l’école.

 
A)    L’évolution des lois concernant le travail des enfants et des lois scolaires. Nathan, Gulliver. Histoire. Cycle 3, 1997

 

 

1841 : la loi interdit le travail des enfants de moins de 8 ans.

1874 : le loi interdit le travail des enfants de moins de 10 ans.

1892 : la loi interdit le travail des enfants de moins de 12 ans. Les adolescents (13-18 ans) ne peuvent plus travailler plus de 10 h / jour.

 

 

1833 : chaque commune de France est obligée d’avoir une école.

1881 : l’enseignement primaire est gratuit.

1882 : l’école primaire devient obligatoire et laïque.

1889   : les instituteurs sont rémunérés par l’Etat.

 

B)    Le projet de Jules Ferry.

 

« Entre toutes les nécessités du temps, entre tous les problèmes, j’en choisirai un auquel je consacrerai tout ce que j’ai d’âme, de cœur, de puissance physique et morale : c’est le problème de l’éducation du peuple. C’est une œuvre pacifique, c’est une œuvre généreuse, et je la définis ainsi : faire disparaître la dernière, la plus redoutable des inégalités qui viennent de la naissance, l’inégalité de l’éducation. L’inégalité d’éducation est, en effet, un des résultats les plus criants et les plus fâcheux, au point de vue social, du hasard de la naissance. Avec l’inégalité d’éducation, je vous défie d’avoir jamais l’égalité des droits, non l’égalité théorique, mais l’égalité réelle, et l’égalité des droits est pourtant le fond même et l’essence de la démocratie. »

 

D’après un discours de Jules Ferry à l’Assemblée nationale, 10 avril 1870.In Hatier, Histoire. Cycle 3, 2000

 

« Lorsque toute la jeunesse française se sera développée, aura grandi sous cette triple étoile de la gratuité, de l’obligation et de la laïcité, nous n’aurons plus rien à craindre des retours du passé, car nous aurons pour nous en défendre (…) l’esprit de toutes ces générations nouvelles (…) formées à l’école de la science et de la raison. »

 

Jules Ferry (1832 – 1893), Revue pédagogique, 1882. In Bordas, Terres d’Histoire. Histoire. Cycle 3 CM, 1997

 

C)    L’instruction civique.

 

« Si vous ne travaillez pas à l’école, vous manquez à vos devoirs envers vos parents et envers votre patrie, qui fait de grands sacrifices pour l’instruction de ses enfants. » (page 7)

« Un Français doit… savoir l’histoire et la géographie de son pays, en connaître les lois et les institutions ; autrement il est incapable de le bien aimer et de le bien servir. » (page 9)

« Les Français jouissent de la liberté de conscience, c’est-à-dire qu’ils peuvent professer le culte qu’ils veulent, ou bien n’en professer aucun. » (page 139)

 

P. Laloi, La première année d’instruction civique, Armand Colin, 1880. In Bordas, Terres d’Histoire. Histoire. Cycle 3 CM, 1997

  

Doc 3 : L’évolution de la presse quotidienne française

 

presse

 

 

 Doc 5 - Les femmes exclues du suffrage universel.

 
« Je laisse aux hommes qui s’arrogent le droit de gouverner, d’ordonner, le privilège de payer les impôts qu’ils votent (…).

Puisque je n’ai pas le droit de contrôler l’emploi de mon argent, je ne veux plus en donner (…). Je ne vote pas, je ne paye pas. »

 

Aubertine Auclert, 1880, citée dans Suzanne Grimbert, Le Mouvement suffragiste, 1926. In Bordas, Terres d’Histoire. Histoire. Cycle 3 CM, 1997

 

Doc 6 – Les revendications de Jean Jaurès et des socialistes

 

« Vous avez fait la République et c’est votre honneur. Par le suffrage universel, vous avez fait de tous les citoyens, y compris les salariés, une assemblée de rois. Mais au moment même où le salarié est souverain dans l’ordre politique, il est, dans l’ordre économique, réduit à une sorte de servage. Au moment où il peut chasser les ministres du pouvoir, il est, lui, sans garantie aucune et sans lendemain chassé de l’atelier. Il est la proie de tous les hasards et de toutes les servitudes. La misère humaine s’est réveillée avec des cris : elle s’est dressée devant vous et réclame aujourd’hui sa place, sa large place au soleil. »

 

D’après un discours de J. Jaurès à la Chambre des députés, 1893, in Hatier, Histoire cycle 3, 2000

 

Doc 7 : L’affaire Dreyfus

 

 

 Dégradation Dreyfus

 

Publié dans M1 HISTOIRE

Commenter cet article