cours 7 : paysages ruraux

Publié le par thierry aprile


Le document d'appui pour ce cours est un sujet proposé au concours en 2006 :
"les paysages ruraux en France métropolitaine : territoires aménagés, territoires à ménager"

1/ la question des représentations
2/ la question de l'agriculture : un secteur en difficulté ?
3/ la distinction nécessaire entre "rural" et "urbain"
4/ aides pour traiter le sujet

1/4 la question des représentations

Comme pour tous les sujets qui concernent les paysages, la question des représentations est centrale. Pour l'aborder, on peut se référer à 3 chansons populaires

           1/ La Montagne (1964) de Jean Ferrat
Ils quittent un à un le pays, pour s'en aller gagner leur vie,
Loin de la terre où ils sont nés. Depuis longtemps qu'ils en rêvaient,
De la ville et de ses secrets, du formica et du ciné.
2/ Le Loir et Cher (1976) de Michel Delpech

Ma famille habite dans le Loir et Cher
Ces gens-là ne font pas de manières.
Ils passent tout l'automne à creuser des sillons,
A retourner des hectares de terre.
Je n'ai jamais eu grand chose à leur dire
Mais je les aime depuis toujours.
De temps en temps, je vais les voir.
Je passe le dimanche dans le Loir et Cher.

Ils me disent, ils me disent:
"Tu vis sans jamais voir un cheval, un hibou."
Ils me disent:
"Tu viens plus, même pour pécher un poisson.
Tu ne penses plus à nous.
On dirait que ça te gêne de marcher dans la boue,
On dirait que ça te gêne de dîner avec nous.

Chaque fois que je m'arrête dans le Loir et Cher,
Ils ne me laissent plus partir de chez eux.
Je leur dis qu'il faut que je rentre sur Paris,
Que je ne fais pas toujours ce que je veux
Et qu'il faut que je trouve encore un poste d'essence,
Que je n'ai pas le temps de finir ma bière
Et que je reviendrai un de ces dimanches
Passer la nuit dans le Loir et Cher.

3/ A la campagne de Bénabbar (2008)
Attention, pour cette leçon sur les paysages ruraux, il faut impérativement avoir une conception claire de la notion de "nature", en nuançant l'opposition entre "ville" et "campagne" : l'urbanisation est un processus qui touche aussi les territoires (et donc les paysages) ruraux. D'autre part, la différence entre "rural" et "agricole" doit être bien claire
2/4 la question de l'agriculture : un secteur en difficulté ?

C'est indiscutablement l'agriculture quia été le secteur économique le plus tôt et le plus radicalement par la révolution industrielle, et le plus précocément mondialisé : la meilleure preuve est la hausse considérable de la productivité agricole en France et en Europe en général.
Si tout le rural n'est pas l'agriculture, l'inverse est vrai. Comment un secteur économique peut-il se traduire dans les paysages ?

Pour étudier un secteur, il faut s'intéresser :

1/ à la production : la variété des productions agricoles, et dans ce cas au rapport diversifié entre le travail agricole et la terre. Si en France, la Révolution française a donné un poids tout particulier aux petits paysans propriétaires et à la petite exploitation familale qui nécessité pour survivre un travail acharné (presuqe à l'écart de la notion de rentabilité économique), il y a d'autres rapports possibles : l'entreprise capitaliste employant des "travailleurs agricoles" salariés, la location sous forme de fermage (loyer fixe) ou de métayage (loyer proportionnel à la production), sans oublier des formes de coopératives (de production, de distribution, d'achat de matériel...)

2/ à la consommation : la transformation, transport, distribution des produits agricoles est un secteur extrêmement important. En France comme ailleurs, l'agriculture doit être envisagée dans un complexe agro-alimentaire qui intègre l'amont de la production (engrais, machines, crédits, semences, recherche agronomique...) et l'aval (conditionnement, transformation, distribution, import-export...) dans le cadre de politiques agricoles à l'échelle nationale, européenne (PAC) et mondiale (arme alimentaire)

Les potentialités d'augmentation de la productivité agricole existent encore, mais les difficultés du secteur sont de deux ordres : une partie croissante des exploitations n'atteignent plus le seuil de rentabilité, ce qui provoque la déprise rurale ; la crise du modèle productiviste qui induit gaspillage, pollutions, spéculation financière, spirale d'endettement, voire atteintes à la qualité sanitaire des aliments.


3/4 la distinction nécessaire entre "rural" et "urbain"

En France, le maximum de densité rurale a été atteint vers 1850. Ensuite commence un très lent exode rural qui a vu la population urbaine dépasser la population rurale à partir de 1931, et 1945 en fait. Pendant ce siècle, l'exode rural a concerné prioritairement les populations rurales non-agricoles : paysans sans terre, artisnas, commerçants... C'est à partir du XXème siècle qu'a véritablement commencé un exode agricole. Entre 1950 et 1975, la part des agriculteurs dans la population rurale a augmenté significativement. A partir de 1975, les deux tendances s'inversent : la population rurale recommence à augmenter, et la part des agriculteurs en son sein diminue, à cause de deux phénomènes assez difficile à distinguer : rurbanisation et étalement urbain ou "péri-urbanisation".

4/4 aides pour traiter le sujet

Ce sujet impose d'avoir à l'esprit
1/ la question de l'aménagement du territoire
2/ une série de définitions
3/ la variété des paysages agraires.

sources : http://geoconfluences.ens-lsh.fr/doc/territ/FranceMut/FranceMutVoc.htm
http://www.insee.fr/fr/insee-statistique-publique/default.asp


Agriculture (Définition INSEE)
Au sens le plus large ce secteur de l'économie comprend les cultures, l'élevage, la chasse, la pêche et la sylviculture.
La nomenclature d'activités française établit une distinction entre l'activité agricole (exploitation des ressources naturelles en vue de la production des divers produits de la culture et de l'élevage) et l'activité de pêche (exploitation professionnelle des ressources halieutiques en milieu marin ou en eau douce).

Exploitation agricole Définition INSEE
Dans le recensement agricole, l'exploitation agricole est définie comme une unité de production remplissant les trois critères suivants :
- produire des produits agricoles ;
- avoir une gestion courante indépendante ;
- atteindre un certain seuil en superficie, en production ou en nombre d'animaux.

Ce seuil a été défini de la façon suivante :
- une superficie agricole utilisée au moins égale à un hectare ;
- ou une superficie en cultures spécialisées au moins égale à 20 ares ;
- ou une activité suffisante de production agricole, estimée en cheptel, surface cultivée ou volume de production.

Superficie agricole utilisée Définition INSEE
La superficie agricole utilisée (SAU) est une notion normalisée dans la statistique agricole européenne. Elle comprend les terres arables (y compris pâturages temporaires, jachères, cultures sous verre, jardins familiaux...), les surfaces toujours en herbe et les cultures permanentes (vignes, vergers...).

Espace rural Définition INSEE

L'espace à dominante rurale, ou espace rural, regroupe l'ensemble des petites unités urbaines et communes rurales n'appartenant pas à l'espace à dominante urbaine (pôles urbains, couronnes périurbaines et communes multipolarisées). Cet espace est très vaste, il représente 70% de la superficie totale et les deux tiers des communes de la France métropolitaine.

 
Acteurs et actions sur les territoires

Aménagements et usages des territoires dépendent étroitement de stratégies et de jeux d'acteurs : alliances, conflits, arbitrages, compromis. État, entreprises, collectivités territoriales, associations ... tous ont leurs intérêts, leurs logiques et leurs objectifs. Ils ont également leurs représentations, leurs pratiques socio-spatiales des territoires.
Ils participent ainsi aux "jeux d'acteurs" à l'œuvre à travers les choix législatifs, réglementaires, les politiques d'aménagement adoptées. Les mutations des territoires en découlent.

Aménagement du territoire et législations

L'aménagement du territoire désigne, en France, l'action publique qui s'efforce d'orienter la répartition des populations, leurs activités, leurs équipements dans un espace donné, compte tenu d'objectifs globaux : correction des déséquilibres et orientation des dynamiques spatiales, politiques de reconversion. Les champs d'application des politiques d'aménagement du territoire peuvent être divers : armatures et réseaux urbains ; planification et priorités en matière d'infrastructures et de grands équipements considérés comme "structurants" ; développement, localisation, relocalisation des activités productives ; définition et localisation de pôles d'innovation et de R&D ; aménagement des régions à spécialisation territoriale (tourisme, montagne, littoral) ; prise en compte des dimensions européennes et transfrontalières ; préoccupations dites de "développement durable".

Le concept d'aménagement du territoire est apparu à la fin de la Deuxième guerre mondiale, mais l'idée et sa pratique en étaient plus anciennes. C'est la dimension "disparités régionales" (J.F. Gravier, Paris et le désert français, 1947) qui a longtemps présidé aux politiques officielles d'aménagement du territoire. La loi du 1er juin 1950 crée un Fonds national d'aménagement du territoire (FNAT) et une direction du même nom.
La Délégation à l'aménagement du territoire (DATAR) est fondée en 1963. Elle a un rôle de coordination interministérielle impulsée par les Comités interministériels d'aménagement du territoire (CIAT). Le FNAT est remplacé par un Fonds d'intervention pour l'aménagement du territoire (FIAT). Nombreux ont été les dossiers pris en charge par la DATAR. On peut citer entre autre, successivement, les métropoles d'équilibre, puis les villes moyennes et enfin les pays.
En 1995 la Loi pour l'orientation et l'aménagement du territoire (LOADT ou loi Pasqua) réactive la politique d'aménagement du territoire. Le FIAT devient, après fusion avec d'autres fonds sectoriels, le Fonds national d'aménagement et de développement du territoire (FNADT). Des Directives territoriales d'aménagement (DTA) précisent les modalités d'application des lois d'aménagement et d'urbanisme en les adaptant aux spécificités locales.
En 1999, la Loi d’orientation pour l’aménagement et le développement durable du territoire LOADDT (ou loi Voynet) modifie la loi Pasqua : elle y intègre les notions de développement durable et de participation citoyenne, à travers une Charte de développement durable et un Conseil de développement. Elle abandonne les schémas sectoriels de la loi Pasqua au profit des Schémas de services collectifs. Le rôle des Schémas régionaux d’aménagement et de développement du territoire est de fixer les orientations fondamentales à moyen terme, de développement durable du territoire régional, en veillant à la cohérence entre les projets d'équipement des différentes collectivités territoriales avec ceux de l'État. La LOADDT modifie aussi l’organisation des pays.
Enfin, la Loi Urbanisme et Habitat du 2 juillet 2003 simplifie les procédures d'organisation et de reconnaissance des pays. Elle introduit davantage de liberté dans l’élaboration des Schémas de cohérence territoriale (SCOT), elle simplifie la procédure de constitution d’un pays, réaffirme l’échelle des bassins de vie ou d’emploi comme échelle de référence pour étudier les territoires.

On peut donc le constater, l'approche de l'aménagement du territoire a évolué pour tenir compte des processus d'urbanisation et de métropolisation, pour prendre en compte les aspirations au "développement durable" des territoires et des populations. Les oppositions Paris/province et rural/urbain ne sont plus pertinentes pour orienter les stratégies adoptées. Au demeurant, les projets d'aménagement des territoires inspirés des logiques d'agglomération, de réseaux, de pays, de dépassement de maillages hérités ont parfois du mal à s'imposer.

Campagnes

Le terme campagne est de nature descriptive, voire émotive, idéelle. Par opposition à la ville, dont il est une sorte de symétrie, il renvoie à la disponibilité d'espace, aux faibles densités, mais il est aussi associé à diverses représentations et valeurs de type hédoniste : le silence, le "naturel" et la "terre" (les champs, les bois et forêts, etc.), des rapports différents au temps et aux territoires. Le terme de campagne peut se confondre avec celui de rural, davantage objet d'analyses et d'études que d'émotions.
Les rapports villes / campagnes et agriculture / campagnes sont, depuis plusieurs décennies, en rapide mutation. En 1994, Jean-Pierre Charvet évoquait une "France agricole en état de choc". En 2005, les ondes de ce choc continuent à se propager. La mondialisation et les réformes de la PAC, en cours ou à venir, vont, à plus ou moins court terme, avoir de nouveaux impacts sur le monde rural.
La promotion, à partir des années 1980, de la notion de développement durable, invitait à repenser la place et les missions de l'agriculteur dans les campagnes. À côté de la seule production de biens alimentaires, la gestion "raisonnée" des territoires ruraux et de leurs ressources pouvaient être reconnue par les pouvoirs publics. C'est l'esprit des Contrats territoriaux d'exploitation (CTE), rebaptisés en 2004 Contrat d’agriculture durable (CAD) : l’État rémunère l’agriculteur pour les fonctions qui ne sont pas prises en compte par le marché. Mais certains peuvent estimer que ces nouvelles missions de "paysagistes" des espaces ruraux sont disqualifiantes.
Dans un rapport de 2003, "Quelle France rurale pour 2020 ?", la DATAR proposait une typologie des campagnes : les "campagnes des villes", denses, aux dynamiques démographiques positives, à la ruralité choisie ; les "campagnes fragiles" cumulant les handicaps d'une faible densité de population, du déclin démographique, des activités menacées, à la ruralité subie ; les "nouvelles campagnes", multifonctionnelles, bénéficiant d'aménités climatiques, paysagères, au potentiel touristique, en recherche d'équilibre.
L'usage agricole des sols a diminué de 5% entre 1984 et 2004 au profit des terrains urbanisés et des infrastructures, de l'enfrichement, des sols sans usages, et surtout du reboisement, réponse à la déprise agricole. Mais il faut remarquer que le nombre d’actifs agricoles a diminué beaucoup plus que la Superficie Agricole Utilisée (SAU).

Déprise agricole

La déprise agricole est une composante de l'évolution des territoires ruraux. Elle contribue à transformer certaines campagnes en profondeur : apparition de friches, reboisements, réaffectation à d'autres usages (tourisme, zones de protection de la nature - parcs ou autres), arrivée de néo-ruraux profitant d'espaces aux disponibilités foncières attractives. "La France du vide", selon l'expression du géographe poitevin Roger Béteille* en 1981), est celle des faibles densités, inférieures à 45 hab/km² en moyenne (voire de 25 ou 20 hab/km² selon certains géographes spécialistes de ce champ d'étude) pour les densités des espaces à dominante rurale. Ils se concentrent, majoritairement , sur une diagonale Nord-est / Sud-ouest (qualifiée parfois de "diagonale du vide") incluant des zones de montagne comme la Lozère, département le moins densément peuplé de la France métropolitaine (14 hab/km²). Cette "diagonale" a cependant tendance à se fractionner. Ainsi, l’étalement urbain toulousain gagne l’arrière-pays ariégeois, bien au-delà de la seconde couronne de périurbanisation.
Dans les espaces ruraux profonds, l'exode rural est un processus ancien. Il a parfois commencé dès 1846, qui aurait été l'année du maximum démographique des campagnes françaises. Dans les cantons les plus touchés, la population est vieillie, l'exode rural, qui se poursuit, touche tout particulièrement les plus jeunes, les femmes, les agriculteurs restants souvent célibataires. La continuité territoriale des services publics, l'installation et l'entretien des réseaux (routiers, énergétiques, de télécommunications) deviennent très onéreux, les commerces et les services du secteur marchand disparaissent.
Les territoires les plus touchés par la déprise peuvent bénéficier de mesures particulières telles que le dispositif des Zones de revitalisation rurale (ZRR) et celui des Territoires Ruraux de développement prioritaire mis en place par la LOADT de 1995. Des opérations de reboisement ont pu être entreprises, parfois financées dans le cadre de la PAC.
voir Roger Béteille : La crise rurale - PUF - 1995 / La France du vide - Litec - 1981

Développement durable des territoires (urbains, ruraux)

En France, c'est la Loi d’orientation pour l’aménagement et le développement durable du territoire LOADDT (ou loi Voynet) de 1999 qui organise la prise en compte des dimensions environnementales et de durabilité dans les politiques de développement territorial.
Elle a été suivie par d'autres dispositifs particuliers. Par exemple, la Charte forestière de territoire. Créée par la loi d'orientation sur la forêt du 9 juillet 2001, la Charte forestière de territoire vise à mettre en place une gestion durable de la forêt. Le législateur n'a fixé aucun territoire type a priori, mais, à l'échelle d'un pays ou d'un parc, la Charte forestière constitue le volet forestier de la Charte du territoire. Les Contrats d'agriculture durable (CAD), créés par décret le 22 juillet 2003, sont des outils d'encouragement à la multifonctionnalité de l'agriculture : préservation des ressources naturelles ; aménagement de l'espace rural. Les CAD sont passés entre un exploitant agricole, l'État et, le cas échéant des collectivités territoriales pour une durée de 5 ans. Les actions agroenvironnementales font partie du Plan de développement rural national, adaptées au niveau régional. Il s'agit par exemple de reconvertir les terres arables en prairies, de créer des zones tampons, d'implanter des éléments fixes du paysage comme les haies, de créer ou conserver des zones d'expansion de crues, d'implanter des cultures d'intérêt faunistique ou floristique reconnu, de conserver les modes d'occupation des sols à intérêts paysager et patrimonial. Les CAD permettent aussi l'adoption de mesures dont l'intérêt dépasse le cadre territorial : conversion à l'agriculture biologique, protection des races menacées par exemple.

Environnement et territoires

La prise en compte des dimensions environnementales des territoires est une des dimensions du développement durable, clairement impulsée par la Loi d’orientation pour l’aménagement et le développement durable du territoire LOADDT (ou loi Voynet) de 1999. D'autres dispositifs invitent aussi à cette prise en compte, par le biais des directives européennes ou des territoires patrimoines de l'Unesco, par exemple.

Des formes particulières d'aménagement à forte dimension environnementale se sont imposées en France : les Parcs nationaux et les Parcs naturels régionaux.
Les Parcs nationaux ont été initiés par la loi du 22 juillet 1960. Il s'agit de territoires de protection de la nature, gérés par l'État, inspirés par les préconisations de l'UICN (IUCN, World Conservation Union) qui les décrit ainsi : "territoires relativement étendus, qui présentent un ou plusieurs écosystèmes généralement peu ou pas transformés par l'exploitation et l'occupation humaine, où les espèces végétales et animales offrent un intérêt spécial du point de vue scientifique et récréatif". Ils font l'objet de mesures de préservation, de protection.
Les Parcs nationaux sont des dispositifs complexes à monter pour tenir compte équitablement des acteurs locaux. Il existe, en 2007, neuf Parcs nationaux aux superficies variables : Vanoise, Port-Cros, Pyrénées occidentales, Cévennes, Écrins, Mercantour, Guadeloupe, amazonien de Guyane (3,4 millions d'ha avec une zone cœur de 2 millions d'ha) et Hauts de l'île de la Réunion. Ces deux derniers ont été créés en mars 2007. Restent à l'étude et en débats plus ou moins délicats, voire houleux : la mer d'Iroise, la Corse, les calanques à l'est de Marseille.
Un Parc national stricto sensu se compose d’une "zone centrale" ou "cœur" (ou "parc proprement dit" selon la terminologie officielle), où une réglementation stricte protège les milieux (faune, flore, paysage) et d’une "zone périphérique" ("pré-parc") où l’Établissement Public ne dispose pas de pouvoir particulier mais où la loi lui impose d’aider aux actions de développement social et économique. Il ne peut cependant qu’être consulté et formuler un avis : "les réalisations d’ordre social, économique et culturel sont élaborées sous la responsabilité du Ministère de l’équipement et sous la direction du Préfet en liaison avec l’établissement et après consultation des collectivités locales intéressées" (décret du 31 octobre 1961, article 27). Ces deux composantes sont doublées d’autres mesures de protection, comme les sites inscrits ou classés, les ZNIEFF. Au-delà de ces deux zones, une zone de "libre adhésion" est laissée à l'appréciation des collectivités.
Des Réserves naturelles peuvent être associées aux deux "zones", comme forme de transition de l’une vers l’autre ; elles se situent bien souvent sur les pourtours de la zone centrale. Moins strictes en termes de protection, elles sont plus restrictives en termes d’interdictions que la zone périphérique.

Les Parcs naturels régionaux (PNR) sont des territoires protégés et habités, majoritairement situés dans des zones fragiles à haute valeur environnementale. Ils ont une double vocation : la protection et le développement économique "durable". Ils sont régis par décrets (1967, 1988) mais les lois de décentralisation, puis la loi du 8 janvier 1993 sur la protection et la mise en valeur des paysages, leur ont donné une base législative. Elle pose le principe que, sur le territoire d'un PNR, "les documents d'urbanisme doivent être compatibles avec les orientations et les mesures de la charte" des parcs qui concourent "à la politique de protection de l'environnement, d'aménagement du territoire, de développement économique et social et d'éducation et de formation du public".
Leur appellation, proche de celle de Parc national, peut porter à confusion. Ils ont des objectifs plus larges et diversifiés : sauvegarde du patrimoine naturel et culturel ; loisirs et aménités pour les populations de la région ; aménagement des espaces ruraux, développement économique maîtrisé. S'appuyant avant tout sur les élus locaux et les tissus associatifs, ils sont localisés sur des territoires peuplés mais souvent dévitatlisés par l'exode rural. Ce sont des territoires de projet et d'aménagement beaucoup plus que de protection, dotés d'une charte constitutive adoptée par décret, qui en fixe les limites spatiales, en détermine les objectifs, les programmes d'équipements, les mesures à adopter, les règles de fonctionnement et de gestion. Les PNR peuvent être créés à l'initiative des communes, des départements ou des régions. Leur agrément est valable dix ans, renouvelable mais aussi révocable en cas de non-respect de la charte. Ce fut, par exemple, le cas du Marais poitevin, labellisé dès 1979, mais déclassé fin 1996 pour sa complaisance à l'égard de l'agriculture intensive. Depuis, il est un simple parc interrégional et s'efforce de reconquérir son label de PNR.
Il y a, en 2007, 45 PNR sur environ 13% du territoire métropolitain, le dernier arrivé étant celui des Alpilles (décret du 30 janvier 2007). Les Parcs naturels régionaux sont organisés au sein de la Fédération nationale des PNR (FPNR), dont l’objectif est d’assurer une certaine unité et une lisibilité générale aux différentes structures (par exemple dans la couleur des logos).

La loi de 1960 sur les Parcs nationaux avait vieilli car leur modèle ne correspondait plus aux enjeux contemporains d'un développement durable des territoires. En mars 2006 une "loi relative aux Parcs nationaux, aux Parcs naturels marins et aux Parcs naturels régionaux" introduit un nouvel esprit de la conservation de la nature cherchant à protéger les sites mais en impliquant davantage les populations locales. Cette nouvelle loi renforce la protection juridique des Parcs nationaux. Elle modifie les dispositions des articles L. 331-1 du code de l'environnement et suivant relatifs aux Parcs naturels nationaux, parcs qui peuvent être crées à partir d'espaces terrestres ou maritimes quand ils comportent un intérêt spécial et qu'il faut en assurer la protection. Elle crée des instruments spécifiques de protection pour les espaces marins comme "l'Agence des aires marines protégées". De plus, elle aménage le régime des Parcs naturels régionaux. Enfin, elle institue un établissement public coordonnateur nommé "Parcs nationaux de France". (voir L. Laslaz, 2007).

D'autres dispositifs ont des objectifs de protection environnementale des territoires et de préservation de la biodiversité.
Les Réserves naturelles, créées par la loi du 1er juillet 1957 (modifiée par celle du 10 juillet 1976), sont des parties du territoire d'une ou plusieurs communes pour lesquelles des mesures spéciales de protection sont adoptées afin d'y conserver des espèces animales ou végétales ou des milieux menacés. Elles sont gérées par une association ou par un syndicat de communes. Le classement en réserve naturelle résulte d'un décret, après enquête publique, à la demande d'une administration, d'une collectivité territoriale, d'une association.
Les Zones naturelles d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) ont été instituées en 1982 dans la perspective d’un recensement général des richesses naturelles du territoire français. L'inventaire est réalisé à l'échelle régionale. Les ZNIEFF sont entièrement cartographiées. Si elles ne sont pas opposables à des tiers, elles sont, la plupart du temps, prises en compte dans les projets d'aménagement du territoire (POS / PLU par exemple).

Le Conseil européen du 21 mai 1992 (92/43/CEE) a engagé la constitution d'un réseau écologique de zones spéciales protégées dénommé "Natura 2000". Celui-ci est destiné avant tout à préserver l'habitat naturel d'espèces animales et végétales menacées dans l'Union européenne et recensées dans les directives "oiseaux" de 1979 (zones ZPS) et "habitats" de 1992 (zones pSIC / ZSC). Le classement en zone Natura 2000 n'interdit pas la poursuite d'activités économiques ou de loisirs compatibles avec leur protection et le zonage des sites du réseau, en ZPS ou en pSIC/ZSC, est un compromis entre les impératifs scientifiques, socio-professionnels et politiques.

Friches

Les friches sont des terrains qui ont perdu leur fonction, leur vocation, qu’elle soit initiale ou non : friche urbaine, friche industrielle, friche commerciale, friche agricole. Laissées momentanément à l'abandon, ces surfaces peuvent fournir l'opportunité de repenser l'aménagement du territoire, tant en milieu rural qu'urbain.
En milieu rural, la définition de la friche est assez ambiguë, polysémique, variable en fonction des spécialistes. On peut s'accorder sur le fait qu'elle désigne un espace agricole récemment abandonné, qui a été cultivé. Il est donc, statistiquement, sorti de la Surface agricole utilisée (SAU) et laissé à la végétation spontanée. La friche est une situation temporaire car elle est destinée à devenir un bois, une forêt, des landes, etc. ou à être cultivée à nouveau. Il faut se méfier des statistiques sur la friche, tantôt attribuée aux formations forestières, tantôt à des usages agricoles, ce qui provoque des biais de lecture et d'interprétation.
Il arrive que l'on confonde la jachère, pratique de mise en repos de la terre pour des raisons biologiques ou économiques (dans le cadre de la politique de la PAC par exemple), avec la friche.
La friche est souvent connotée péjorativement, associée à des terrains à fortes contraintes (pente, sol, etc.). L'ouvrage du journaliste Éric Fottorino, "la France en friche", publié en 1989, témoignait d'une forme de psychose, la nature ayant horreur du vide. Il existe de fait des visions contrastées de la friche. Par exemple, pour les agriculteurs, c'est le symbole de l'abandon, de la désolation, du renoncement. Pour les écologues, c'est un milieu aux riches potentialités biologiques.

Renaissance rurale

Le terme de renaissance rurale correspond au processus de repeuplement des espaces ruraux. Ce renversement de tendance s’observe dans les campagnes de la plupart des pays industrialisés à partir des années 1970. Après des décennies, parfois un siècle, de déclin démographique, la courbe de population rurale amorce une remontée. La reprise démographique des espaces ruraux français est constatée lors de la publication des résultats du recensement de la population de 1982, en comparaison des résultats du recensement de 1975. Dès 1976, le géographe américain Brian Berry propose l’expression de counterurbanization pour décrire les processus conjoints de croissance démographique des zones non métropolitaines, incluant campagnes et petites villes, et de régression démographique ou, au moins, de stagnation, des grandes villes.
Cependant, la renaissance rurale n’affecte qu’une partie des espaces ruraux, à commencer par ceux en situation de proximité urbaine, le mouvement correspondant à un déversement de la population d’origine urbaine dans les communes rurales. Il se traduit, dans un premier temps, par un solde migratoire largement positif (arrivées de population supérieures aux départs), puis un solde naturel positif (naissances supérieures aux décès) du fait de l’arrivée massive dans les communes rurales de jeunes couples en âge d’avoir des enfants, à la recherche d’un logement plus spacieux en accession à la propriété et d’un cadre de vie plus agréable. La renaissance rurale rejoint donc les phénomènes de périurbanisation et de rurbanisation, renforçant la fonction résidentielle de l’espace rural.
La renaissance rurale touche également des espaces ruraux plus isolés, suite à l’arrivée de nouvelles populations, liée notamment aux migrations définitives de retraités d’origine nationale ou étrangère (en France, le phénomène d’installation des Britanniques dans les campagnes du Massif Central, par exemple). La renaissance rurale entraîne de nombreuses conséquences structurelles sur les campagnes, au-delà du seul phénomène de reprise démographique : réhabilitation de logements vacants, urbanisation des campagnes par le développement de nouveaux lotissements, maintien et/ou création d’équipements et de services à la population, développement de nouvelles associations d’habitants, changement de composition des conseils municipaux. La renaissance rurale participe du changement social et de l’apparition de nouvelles fonctions productives, davantage tournées vers le tertiaire. Afin de mesurer au mieux ce processus dynamique, l’INSEE a modifié la nomenclature spatiale des communes en 1996, en distinguant l’espace à dominante urbaine (pôles urbains et communes périurbaines formant les aires urbaines et communes multipolarisées) et l’espace à dominante rurale (rural sous faible influence urbaine, pôles ruraux, périphérie des pôles ruraux et rural isolé).

Rurbanisation

Néologisme, que certains jugent peu élégant, qui désigne le processus d'urbanisation rampante de l'espace rural, d'imbrication des espaces ruraux et des zones urbanisées. La rurbanisation doit être distinguée de la périurbanisation (ou suburbanisation) qui suppose la continuité physique de l'espace bâti aux franges des villes et des agglomérations. La rurbanisation peut se développer à distance, parfois importante, de ces dernières.
La rurbanisation s'organise autour des noyaux de l'habitat rural, et on observe des discontinuités de l'espace bâti. L'habitat nouveau, en lotissements pavillonaires, se développe parfois à l'écart du bourg initial. Ce nouveau mode d'habitat est lié à différents phénomènes : la quête mythique de "campagne" et d'habitat individuel, la généralisation du recours à l'automobile, et enfin, de plus en plus, le coût des logements devenu prohibitif, pour un grand nombre de ménages, dans les localisations de meilleure centralité,
La rurbanisation pose certains problèmes parmi lesquels : le mitage des espaces dits "naturels" ou agricoles ; la consommation énergétique ; les déséconomies d'échelle (coût des dessertes, des infrastructures de réseau, du maintien des services publics) ; les tensions, les incompréhensions qui peuvent apparaître entre "néoruraux" et ruraux d'origine.

Tourisme, loisirs et territoires

Le tourisme, qu'il soit national ou international, participe au développement de nombreux territoires en France qui vivent, dans des proportions variables, du tourisme, mais aussi, des loisirs. La définition du touriste, selon les normes internationales retenues par la commission statistique de l’ONU, englobe toute personne voyageant hors de son domicile habituel pour au moins une nuit et au plus un an. Le motif du voyage n'importe pas : affaires, vacances, santé, ... Les loisirs, par contre, ont des temporalités différentes : journée, soirée par exemple.
Rappelons que le seul tourisme international (toute personne résidant habituellement dans un autre pays et passant au moins une nuit en France) pèse beaucoup dans l'économie française. C'est, en 2003, le pays le plus visité au monde avec 75 millions de touristes, mais il n'est que troisième par les recettes (37 milliards d'USD, derrière l'Espagne et les États-Unis).
Du point de vue du tourisme et des loisirs domestiques, d'après une étude réalisée pour le compte de l'Agence française de l'ingéniérie touristique (AFIT) et d'autres commanditaires, 44% des Français se sont rendus dans un parc de loisirs entre novembre 2002 et novembre 2003 dont, près du 1/4, dans des parcs d'attractions ou des parcs animaliers, 1/5e dans des parcs à thème ou des parcs aquatiques. Sur un total de 44 millions d'entrées, environ le 1/4 sont des visiteurs étrangers dont 7 millions se rendent à Disneyland-Paris.
Les formes d’inscription spatiale des activités touristiques et de loisirs sont diverses. Diffuses dans le cas des espaces à dominante rurale (tourisme vert du Gers). Zonales pour les parcs nationaux ou les parcs naturels régionaux. Ponctuelles pour les Center Parcs en Sologne ou Normandie, les parcs-aventures en développement, les parcs à thème (Vulcania, Le Puy du Fou, Disney Parc de Marne-la-Vallée, etc. ). Réticulaires dans le cas des villages de vacances (Club méditerranée ou autres).
La nature des parcs à thème est très variée : de loisirs, d'attraction, aquatiques, animaliers, patrimoniaux (écomusées, patrimoine industriel ou minier), les dénominations varient. Ils ont des points communs : ce sont des lieux clos, d'accès payant (ce qui les différencie des parcs naturels, en France du moins), proposant un certain nombre d'activités récréatives. Tous sont des territoires aménagés dont l'intégration peut être poussée (Disneyland Paris propose aussi des hébergements par exemple), régulés en permanence.
Certains de ces Parcs se trouvent en difficulté en 2005 : Vulcania en Auvergne, Cap'Découverte dans le Tarn par exemple. Les collectivités locales et territoriales qui s'engagent dans ce type d'aventures, particulièrement en région rurale trop éloignée des grandes agglomérations, peuvent éprouver des difficultés à apporter les investissements nécessaires au maintien de l'attractivité du projet. Les zones de chalandise du parc peuvent être trop locales, trop étroites pour que l'opération soit profitable.

Pour quelques visites virtuelles et pour compléter :
- Cap'Découverte : www.capdecouverte.com
- Disneyland Paris : www.disneylandparis.com/fr/introduction.htm
- Futuroscope : www.futuroscope.com
- Parc des oiseaux (Dombes) : www.parc-des-oiseaux.com
- Puy du Fou : www.puydufou.com
- Vulcania : www.vulcania.com
- Grands sites archéologiques en France : www.culture.gouv.fr/culture/arcnat/fr
- Agence française de l'ingéniérie touristique : www.afit-tourisme.fr
- Sites ministériels :
> Des données diverses :
www.tourisme.gouv.fr/fr/z2/stat/chiffres/chiffres_cles.jsp
> Veille Info tourisme : www.veilleinfotourisme.fr
- L'Organisation mondiale du tourisme (OMT) : www.world-tourism.org/francais/index.htm



doc1, 3bis, 4 :
Périurbain

Le terme est parfois imprécis, flou. On peut s'accorder sur la définition suivante : tout ce qui entoure la ville-centre mais qui, fonctionnellement en fait partie (activités, modes de vie) et qui est en continuité physique du bâti, ce qui n'est pas le cas du rurbain. Le périurbain correspond aux espaces d'interpénétration ville - campagne où s'observent des phénomènes de mitage, de friches. Les formes d'habitat peuvent y être diversifiées, par exemple : collectifs populaires, voire affectés à des populations délaissées, souvent qualifiés alors de banlieue sur un mode péjoratif ; lotissements pavillonnaires pour des catégories sociales de condition variée ; espaces résidentiels des populations aisées, jusqu'au cas limite des quartiers ou îlots clôturés (gated communities). Le périurbain accueille aussi bon nombre d'activités, résultat du desserrement urbain ou d'implantations ex-nihilo : surfaces commerciales, centres de recherche, zones d'activités diverses.
Ces espaces bénéficient d'une forte dynamique démographique. On y relève une sur-représentation des familles avec enfants, une forte dépendance à l'égard des contraintes de la mobilité.


(Doc 4) Posturbain

Adjectif proposé par F. Choay, corrélat de "postindustriel", inspiré aussi du "post city age" de Melvin Webber relevant que la ville, au sens traditionnel de territoire discret et limité, tendait à disparaître.
Cette évolution résulte, tout d'abord, de la révolution technique des communications (transports mais aussi technologies de l’information et de la communication). Elle résulte aussi d'une organisation spatiale de plus en plus fondée sur une société de services.
Le terme de "posturbain" pointe les nouvelles formes d'urbanisation engendrées par la synergie d'un ensemble d'innovations techniques et par leur application au développement des grands réseaux techniques d'aménagement. Le double mouvement de dilatation des espaces urbains et de concentration investissant des périphéries toujours plus largement irradiées, signe la fin des entités urbaines discrètes. Le divorce d'urbs et de civitas serait consommé (Merlin P., Choay F., 2000*).

Pour compléter :
- le glossaire du dossier De villes en métropoles
- Merlin P. et Choay F. - Dictionnaire de l'urbanisme et de l'aménagement - PUF - 2000

Liste d'illustrations :
carte de la production agricole
part du revenu agricole
carte des paysages agraires
paysages :
agriculture méditerranéenne
bocage
remembrement
élevage montagnard
openfield






Publié dans M1 GEOGRAPHIE

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