Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 22:07

 

"savoir ses dates" est l'opération la plus commune que l'on attend de l'apprentissage de l'histoire. De fait, il revient à l'historien de sélectionner tel ou tel événement, accompagné de sa datation, comme particulièrement révélateur du problème qu'il entend traiter. Le débat autour de l'enseignement de l'histoire et ces questions de la mémorisation de dates et de personnages reste très vif.

Un ouvrage récent 1515 et les grandes dates de l'Histoire de France revisitées par les grands historiens d'aujourd'hui, dirigé par Alain Corbin, Seuil 2005 s'est proposé de relire "la liste des dates qu'il est demandé aux élèves de connaître" L'histoire de France à l'école manuel de cours élémentaire et moyen, Désiré Blanchet & Jules Toutain, Belin, 1938. On voit que la conception de l'événement a profondément changé dans les commentaires des historiens d'aujourd'hui.

 

Pour traiter un événement, on doit procéder dans un sens qui permet la construction d'un raisonnement historique :

1/ que s'est-il passé à ce moment là ?

2/ comment peut s'expliquer cet événement ?

3/ comment cet événement a ouvert une nouvelle période ultérieure ?

 

Ainsi, la date de 52 avant notre ère : Alésia sert à fixer dans les mémoires Les Gaulois, la romanisation de la Gaule. L'étude de cette date ne doit pas s'étendre exagérément sur les détails du siège et de la défaite des assiégés gaulois face aux assiégeants romains, et utiliser ce moment pour comprendre le contact entre deux civilisations gauloise (celte) et romaine, et le début d'un processus d'intégration de sociétés nouvelles dans un ensemble impérial plus vaste (la romanisation) qui donne naissance à ce que l'on appellait autrefois la société "gallo-romaine".

Voir le commentaire de cette date par Pierre Cabanes

 

Les 3 dates à retenir ensuite 496 : baptême de Clovis ; 800 : couronnement de Charlemagne ; 987 : Hugues Capet, roi de France ont pour fonction de faire comprendre Après les invasions, la naissance et le développement du royaume de France.

Cette démarche rétrospective vise à distinguer, tout en établissant une continuité entre 3 moments de la construction du royaume de France sur le territoire de la Gaule romaine après la désagrégation de l'Empire romain d'Occident :

 

1/ le royaume de Clovis (481-511) qui se caractérise par la fusion entre les apports barbares, le christianisme et les vestiges de la romanité. Voir le commentaire de cette date (très discutée) du baptême de Clovis par Michel Sot

 

2/ la construction carolingienne symbolisée par le couronnement de Charlemagne à Rome en 800. On notera à cette occasion que la construction de la dynastie carolingienne à partir de l'oeuvre des "maires du palais", ancêtres de Charlemagne, qui ont conquis le pouvoir réel des mains des souverains mérovingiens n'est plus citée dans le programme actuel ("732 : Charles Martel, chef des Francs, gagne sur les arabes la bataille de Poitiers" et "752 : Pépin le Bref se fait sacrer roi"). De même, n'est pas mentionnée la date du traité de Verdun en 843 qui partage l'Empire entre les 3 petit-fils de Charlemagne, qui pourtant fixe les limites orientales du royaume de Francie Occidentale pour plusieurs siècles. Voir le commentaire du couronnement de Charlemagne par Michel Parisse

 

3/ l'avénement de la dynastie capétienne en 987. Voir le commentaire du couronnement d'Hugues Capet par Monique Bourin

 

Ces trois dates symbolisent chacune la difficulté d'articuler un pouvoir central considéré comme légitime et l'éclatement de la réalité du pouvoir en de multiples principautés. L'avénement de la dynastie capétienne donne ses contours à la personne du Roi de France qui se caractérise par le sacre (et progressivement la définition de pouvoirs sacrés "thaumaturgiques" qui en font un intermédiaire entre Dieu et les hommes), l'hérédité de la couronne, la gestion prioritaire du domaine royal géré comme un bien patrimonial inaliénable, le développement d'un pouvoir essentiellement domestique qui ne renonce pas à son extension patiente à l'échelle du royaume tout entier.

 

Pour l'époque moderne, la date de 1492 : Christophe Colomb en Amérique vient illustrer Le temps des Découvertes et des premiers empires coloniaux ; la date de 1598 Henri IV et l’édit de Nantes vient illustrer l'une des dimensions de la Renaissance : catholiques et protestants

 

1/  Christophe Colomb en Amérique

a/ le projet d’un homme

  • Christophe Colomb 1451 Gênes – 1506 Valladolid
  • navigateur au service des rois d’Espagne Isabelle de Castille et Ferdinand d’Aragon
  • difficile d’écrire sa biographie, peu de témoignages fiables derrière les légendes
  • marin et spécialiste des sciences de la navigation
  • vit au Portugal et à Madère (épouse la fille d’un gouverneur de l’ïle portugaise)
  • homme de foi, profondément religieux
  • un projet atteindre par route de l’ouest les royaumes de Chine (Cathay) et du Japon (Cipangu)
  • longue patience : projet refusé par roi Portugal Jean II en 1484, puis par Isabelle de Castille en 1485, 1490, 1491 ; projet accepté finalement en avril 1492 « capitulations de Santa Fe » à Grenade
  • 4 voyages successifs : 1492-1493 ; 1493-1496 ; 1498-1500 ; 1502-1504

 

b/ qui s’inscrit dans une démarche partagée par les hommes de son temps

  • expéditions maritimes transcontinentales : carte synthétique et commentaire
  • visée religieuse : expansion de la chrétienté aux frontières du monde connu
  • visée politique : faire coïncider les limites de l’Empire avec les limites du monde
  • visée économique : accéder aux richesses
  • démarche intellectuelle vérifier les informations contenues dans livres disponibles
  • démarche scientifique raisonnement à partir de la rotondité de la Terre

 

c/ date symbole

  • des « grandes découvertes », de l’esprit d’aventure
  • de l’évangélisation
  • de la colonisation et de l’esclavage : nommé avant son départ Amiral, vice-roi des Indes, gouverneur général des territoires qu’il découvrirait
  • de la rupture dans l’historiographie entre Moyen-Age et Temps Modernes
  • de "l'invention du monde" par les Européens, non pas que le monde n'existait pas avant bien sûr, mais dans ce hasard historique qui a rendu les Européens capables de relier (à leur profit) toutes les parties du monde. Ce que F.Braudel désignait par le terme d'"économie-monde", dressant deux cartes saisissantes l'une en 1500, l'autre vers 1775. La légende de ces deux cartes "les économies-mondes européennes à l'échelle de la planète. A/ l'économie européenne en voie d'expansion est représentée d'après ses trafics majeurs à l'échelle du monde entier. En 1500, à partir de Venise, sont exploités, en prise directe, la Méditerranée et l'Occident ; des relais prolongent cette exploitation vesr la Baltique, la Norvège et, au-delà, des Echelles du Levant, vers l'océan Indien. B/ en 1775, la pieuvre des trafics européens s'étend au monde entier : on distinguera, d'après leurs points de départ, les trfaics anglais, néerlandais, espagnols, portugais et français. Pour ces derniers, en ce qui concerne l'Afrique et l'Asie, il faut les imaginer confondus avec les autres trafics européens. Le problème était de mettre en lumière, avant tout, le rôle des liaisons britanniques. Londres est devenu le centre du monde. En Méditerranée et en Bamtique, seuls sont distingués les itinéraires essentiels que suivent tous les navires des diverses nations marchandes.

 

2/ voir le commentaire de l'édit de Nantes par Philippe Joutard 

Par thierry aprile - Publié dans : M1 HISTOIRE
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Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 18:47

Pour faire un cours sur les Gaulois, il est possible de mettre en relation :


1/ les contenus historiques demandés : Alesia, César, Vercingétorix. Ici une DP documentaire du Musée des Antiquités Nationales de St Germain.
Reddition de Vercingétorix vu par Goscinny ; un banquet final ; la situation totalement fictive imaginée par Goscinny

 

2/ la représentation des Gaulois par Astérix qui n'est en fait qu'une lecture quasi littérale des sources grecques et romaines concernant les Gaulois.

Voir pour cela :
Les extraits des textes grecs et latins consacrés à la description des Gaulois : http://remacle.org/bloodwolf/livres/cougny/extraits3.htm
Un autre assemblage des mêmes textes : http://histoireenprimaire.free.fr/ressources/textes_antiquite_gaulois.htm
La chronique d'un ouvrage récent consacré aux gaulois : http://www.clio-cr.clionautes.org/spip.php?article2785
Une lecture "grand public" (i.e. peu critique et peu au fait des dernières recherches) de la société gauloise : http://www.republiquelibre.org/cousture/GAULOIS.HTM

 

Cette première approche pourrait apparaître datée, car après tout, les personnages d'Astérix ne sont plus si populaires. L'étude des Gaulois relève de la compréhension d'une société prise dans sa globalité. Ces dernières années, la connaissance de cette société a été profondément modifiée par une recherche archéologique très dynamique, au point de susciter une exposition à la cité des sciences de la Villette à Paris, dont le site est très documenté (textes, videos...) :

http://www.cite-sciences.fr/francais/ala_cite/expositions/gaulois/au-temps-des-Gaulois/archeologie-vestiges-gaulois.php

C'es connaissances nouvelles ont été présentées de façon très vivante dans Christian Goudineau Le dossier Vercingétorix, Actes Sud 2005.

 

1/ "la Gaule" est en soi une dénomination problématique, notamment dans son découpage en provinces qui date de la période postérieure à la conquête romaine. Les peuples gaulois sont plutôt à replacer dans un cadre géo-politique plus vaste, celui des populations celtes en Europe.

 

2/ les recherches archéologiques ont pu confirmer la richesse de cette terre convoitée et conquise par les Romains, les Gaulois se distinguant par l'agriculture, et l'élevage ; la production artisanale, notamment en poterie et en métallurgie

 

3/ les fouilles ont pu également révéler une organisation en villages et même en villes (oppidum/oppida) très élaborée, reliés par des voies de communication très fréquentées et déjà connectées, avant la conquête romaine au réseau commercial méditerranéen. La vie quotidienne est bien mieux connue.

 

4/ ce qui pouvait unir cette société très hiérarchisée est sans doute une religion, mais aussi la domination des druides, magistrats qui assumaient des fonctions à la fois de commandement politique, d'accumulation de connaissances, et d'intermédiaires avec le sacré. L'analyse des tombes laisse cependant de nombreuses questions ouvertes sur ce plan.

Par thierry aprile - Publié dans : M1 HISTOIRE
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 13:24

L'étude des croisades (le terme ne se diffuse pas avant le XIIIe siècle) s'inscrit dans le cadre des dynamiques géopolitiques : des flux (ici essentiellement militaires à l'origine) modifient la configuration des régions émettrices et réceptrices de ces flux. 

 

croisades2.jpg

source blog d'un historien canadien : http://carlpepin.com

 

Les croisades : « des pélerinages armés prêchés par le Pape » (Jean Fiori, article Wikipédia).

1.    l'objectif des croisades est la reprise du contrôle par les chrétiens latins des lieux saints de Palestine, et notamment du tombeau du Christ (Saint Sépulcre) à Jérusalem.
    On peut observer sur les 2 cartes (carte 1 et carte 2) les itinéraires des 8 croisades entre 1095 et 1270. On pourra remarquer que la 4e croisade s'est arrêtée à Constantinople, avec le sac de la ville par les croisés, et que la 8e croisade s'est arrêtée à Tunis avec la mort du roi Louis IX (futur Saint-Louis).
    Le modèle de ces croisades a été fourni par la 1ère croisade, et le prêche de la croisade par le pape Urbain II au concile de Clermont en 1095 ("prendre la route du Saint Sépulcre et arracher la Terre Sainte à la nation impie"). Elles concernent essentiellement des Rois et des chevaliers, et prennent la forme d'expéditions militaires de conquête.
    Les raisons sont politiques :
    - récupération du contrôle politique des lieux saints
    - demande d'aide de l'empereur de Byzance face à l'avancée des Turcs seldjoukides vers l'Ouest. Une ambassade diligentée par l'Empereur (basileus) Alexis Comnène en mars 1095 sollicite "un secours contre les païens et pour la défense de la Sainte Eglise"
    - renforcer l'autorité du pape sur la chrétienté et sa capacité à détourner la violence des chevaliers vers les marges de la chrétienté
    et religieuses
    - une prétendue hostilité des musulmans (en réalité problématique, en tout cas jamais systématique)
    - la « guerre juste » (symétrique du « djihad » musulman) a été définie par St Augustin au IVe siècle. Elle est définie par l'Eglise comme une pénitence, à l'égale de l'aumône ou du pélerinage.

 

2.    L'objectif est bien la Palestine. Dans un premier temps, des Etats latins sont créés, avant d'être reconquis par Saladin. Très partielement reconstitués, ils n'ont eu qu'une existence relativement éphémère, entre la prise de Jerusalem en 1099 et la chute de St Jean d'Acre en 1291. Voir la carte des Etats latins.
    On peut y ajouter d'autres territoires conquis ou reconquis, dans le cadre d'une expansion générale de la chrétienté occidentale, notamment en Espagne (Reconquista qui s'achève en 1492 avec la chute du royaume de Grenade) et dans les pays baltes (chevaliers teutoniques). On peut saisir par la comparaison de deux cartes (tirées du livre de Jacques LeGoff, La Civilisation de l'occident médiéval, 1ère édition, 1977) la profonde modification géopolitique qui a concerné l'Europe occidentale entre destruction de l'Empire romain d'Occident d'une part et phase d'expansion d'autre part.
    Les croisades n'opposent pas seulement le monde chrétien latin et le monde musulman, chacun en expansion. L'Empire byzantin, héritier de l'Empire romain d'Orient (capitale Byzance – Constantinople) issu du partage de l'Empire romain de 395 qui contrôlait autrefois la Palestine et au delà tout l'Orient romain entame un long déclin qui s'achève avec sa disparition en 1453 avec la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. Paradoxalement, ce monde chrétien grec, séparé du monde chrétien latin depuis le schisme de 1054 (division catholiques à l'Ouest / orthodoxes à l'Est), est aussi affaibli par les croisades. La 4e croisade détournée par les Vénitiens à Constantinople, car ils y voient le moyen d'affaiblir leur rival dans le contrôle de la Méditerranée orientale en 1204 et qui s'achève par le sac de la ville par les croisés latins, est une rupture majeure entre les deux chrétientés.

 

3.    Les conséquences des croisades sont multiples
    - au plan militaire, l'échec des conquêtes latines, modifie les façons de faire la guerre (armement, tactique...) et provoque la création d'ordres religieux militaires qui unissent chevalerie, vie monastique et idéal de la guerre sainte (Templiers, Hospitaliers, Teutoniques...) riches et puissants.
    - au plan politique : l'hostilité entre chrétiens grecs et latins est à son comble. Jusqu'à la Renaissance, l'objectif des Papes a été de renouer le dialogue avec les Grecs orthodoxes.
    - pour l'Occident chrétien, les croisades ont été une étape essentielle de la christianisation et de l'alliance (conflictuelle) entre le Pape et les Souverains, les chevaliers ( et quelquefois) la population autour d'objectifs communs, la défense de la chrétienté contre les infidèles, bientôt utilisée contre les infidèles (juifs, musulmans, cathares et hérétiques de toute sorte) à l'intérieur même de la chrétienté.

    - l'essentiel réside bien néanmoins dans le contact entre chrétiens et musulmans qui a eu des conséquences :

économiques les échanges entre marchands chrétiens et musulmans relient désormais l'axe majeur qui joint Bruges-Mer du Nord et Baltique à la Méditerranée (avec les foires de Champagne comme épicentre) avec les flux de marchandise venues d'Asie et d'Afrique. Les bénéficiaires de ce commerce élargi sont les commerçants des Républiques italiennes Gênes et surtout Venise, les commerçants marseillais et catalans dans une moindre mesure

intellectuelles et culturelles (l'Andalousie, l'Algarve et la Sicile sont les points de contact privilégiés).

    - la découverte du monde musulman, sa proximité avec le monde des religions du Livre (juifs et chrétiens), mais aussi son étrangeté radicale.

Peut-on parler d’une civilisation islamique ?
La constitution de l'aire de civilisation islamique s'inscrit dans la longue durée. La prédication muhammadienne peut être considérée à la fois comme une continuité par rapport au milieu qui l'a vu naître, et aussi comme une rupture, par l'inflexion qu'elle va donner aux sociétés et aux cultures et par l'unification politique que des princes musulmans vont réaliser en son nom, de territoires appartenant à des aires culturelles différentes. La nouvelle religion monothéiste se développe donc, comme l'a bien rappelé Fernand Braudel, à un carrefour commercial et culturel, entre trois continents et deux ensembles maritimes, et elle fusionne les différents héritages de ces espaces très différents pour donner naissance à une civilisation originale. Le rapport que les nouveaux pouvoirs musulmans entretiennent avec les empires, voisins contemporains ou passés, n'est pas seulement d'opposition, c'est un rapport d'échange, de dialogue et de transmission. En outre, les études anthropologiques récentes insistent sur l'influence des structures sociales, tribales et familiales, en particulier de l'endogamie et du nomadisme, sur la constitution des caractères généraux de la nouvelle civilisation. L'expansion rapide de l'islam sur des territoires variés n'a pas pour conséquence l'uniformisation des espaces, mais au contraire, grâce à la malléabilité de la nouvelle organisation, la diversité et la richesse dans un ensemble, de la péninsule Ibérique à la Chine, qui possède une certaine unité, déterminée par l'importance du fait urbain, par le rôle de la langue arabe, des marchands ou des savants.

In Géo-histoire de l’Islam, Pascal Buresi, Belin-sup histoire, 2005. Introduction du chapitre 2.

NB ce texte présente l'immense avantage de ne pas commencer la présentation de la civilisation musulmane par la religion.

Par thierry aprile - Publié dans : M1 HISTOIRE
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Jeudi 15 décembre 2011 4 15 /12 /Déc /2011 12:44

La question de la traite des Noirs et l’esclavage s'inscrit dans une séquence plus vaste intitulée "le temps des Découvertes et des premiers empires coloniaux".

Au préalable, il faut avoir en tête que l'esclavage (conçu ici comme la réduction d'êtres humains au rang de biens échangeables)

1/ est une réalité sociale au coeur de l'histoire de toutes les sociétés depuis les sociétés antiques, que la question de la disparition de l'esclavage dans la chrétienté médiévale reste toujours un objet de débat. Les sociétés africaines sont elles aussi marquées par un esclavage inter-africain.

2/ la question vue sous l'angle du travail est trans-historique, puisque l'on parle d'"esclavage moderne", c'est à dire la réduction d'êtres humains à leur seule force de travail, sans oublier le travail forcé qui a largement supplanté l'esclavage après son abolition au XIXe siècle.

3/ que les sociétés du monde arabo-musulman ont donné lieu à une intense traite intercontinentale, notamment à une traite trans-saharienne déportant des esclaves noirs vers le Nord.

 

Bibliographie : introduction historique au Guide des sources de la traite négrière, de l'esclavage et de leurs abolitions, Paris, la documentation française, 2007.

 

Le parti pris ici est de traiter la question sous un angle "géopolitique", c'est à dire de considérer les circuits de la traite atlantique comme :

- une conséquence des "Grandes Découvertes" et notamment la "découverte" de l'Amérique et donc l'extension des circuits commerciaux à l'échelle transatlantique et plus généralement mondiale.

- un des éléments moteurs de la création des Empires européens en Amérique Portugais (Brésil) et Espagnol (Amérique "latine") d'abord, puis Français (Antilles), Anglais (West indies), Hollandais (Surinam).

 

2 Les circuits vdu commerce négrier

 

source : Atlas historique des esclavages, 2006, B.Gainot, M.Dorigny

 

Pour traiter cette question, on doit

1- dans un premier temps décrire et analyser les flux d'échange dans le cadre du "commerce triangulaire".

2- ensuite analyser les transformations induites par la traite sur les sociétés africaines, américaines et européennes.

3- enfin replacer la traite atlantique dans le contexte de la "première mondialisation" initiée par les "Grandes Découvertes" et le contexte politique et philosophique des "Lumières".

 

1- à l'aide de plusieurs cartes, on peut retracer les itinéraires de la Traite.

 

A/ la carte de la traite portugaise montre comment le projet portugais de contournement de l'Afrique connecte les comptoirs portugais avec les trafics d'esclaves inter-africains et avec les réseaux de la traite musulmane transaharienne. Elle souligne aussi la façon dont les portugais ont importé le modèle de la plantation esclavagiste dans leur "méditerranée atlantique" (Madère, Canaries, Cap Vert)

 

B/ la carte ci-dessus détaille les flux :

les marchandises de traite Europe-Afrique (tissus, armes, verre...)

les esclaves Afrique-Amérique

les marchandises Amérique-Europe (produits des plantations esclavagistes)

NB1 la traite met en relation des pays organisateurs et des pays destinataires

NB2 la notion de commerce triangulaire est ici complétée par l'intégration dans les circuits de la Traite des côtes de l'Afrique orientale, et la ligne directe entre l'Afrique et le Brésil.

 

C/ la chronologie des expéditions de la Traite montre que le phénomène concerne principalement le XVIIIe siècle, et la traite illégale (après 1815) pendant une grande partie du XIXe

 

2. les transformations des sociétés

 

A/ les sociétés africaines sont les plus radicalement transformées par cette intégration forcée dans les circuits du commerce international la fourniture d'esclaves pour les besoins des marchands européens devient l'enjeu principal de guerres internes, la saignée démographique modifie en profondeur les structures de la population, les fréquentes razzias dans les régions côtières et de plus en plus à l'intérieur des terres développent l'insécurité, elle développe une catégorie d'intermédiaires africains au service des marchands européens.

 

B/ les sociétés américaines, et notamment les îles caraïbes, sont marquées par l'installation des grandes exploitations esclavagistes, des plantations, notamment destinées à la production de sucre (voir planche de l'Encyclopédie), et un conflit latent entre une société de planteurs et une masse d'esclaves (fréquemment un rapport de 1 à 10, conflit qui donne lieu à de nombreuses révoltes, en Amérique et dans les Antilles

 

C/ les sociétés européennes, et notamment dans la partie atlantique, sont modifiées par l'afflux de richesses accumulées par les armateurs et les compagnies de commerce, l'importation de matières brutes développe un secteur industriel de transformation.

 

3. les conséquences de la Traite

 

A/ il faut replacer la Traite dans le contexte plus général de la première mondialisation

 

B/ la Traite est l'occasion d'un vif débat en Europe, et la force du mouvement abolitionniste aboutit à l'abolition de la Traite, puis celle de l'esclavage dans les possessions américaines et antillaises des puissances européennes esclavagistes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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Dimanche 6 novembre 2011 7 06 /11 /Nov /2011 17:11

Romanisation : processus historique par lequel les régions conquises et les peuples vaincus par les légions romaines ont été intégrées dans un ensemble géopolitique romain qui a pris avec le règne d'Auguste le nom d'Empire romain.

On retrouve là une problématique impériale classique : explorer / conquérir / sauvegarder les conquêtes / intégrer les sociétés dans l'Empire.

 

reseauroutierromain

source : Xavier de Planhol, Géographie historique de la France, Paris, Fayard, 1988

 

On peut donc suivre dans le cas de la Gaule les différentes étapes de ce processus

 

I.   " exploration"

Romains déjà présents en Narbonnaise, contacts nombreux entre monde gaulois et romains (flux commerciaux notamment), système d'alliance avec des peuples gaulois (alliance politique avec Eduens, alliance militaire avec cavaliers gaulois intégrés dans légions – ex : Vercingétorix-). L'ouvrage de César montre comment avant de se lancer dans la conquête, il a réuni toute la documentation disponible sur les territoires à conquérir.

 

II.    conquête militaire de Gaule par César, réduction de la révolte des tribus gauloises, Vercingétorix capturé après échec d'Alésia en - 52

 

III.    connexion des 3 provinces gauloises (Belgique, Celtique, Aquitaine) dans les réseaux de l'Empire :


◦    dans les réseaux (transport routier par voies romaines, circulation monétaire et financière...
◦    dans la carte administrative des provinces
◦    dans la carte militaire du stationnement des légions
◦    construction d'un réseau urbain, avec le développement d'un type urbain particulier (plan orthogonal – croisement cardo et decumanus-, monuments caractéristiques – forum, théâtre, amphithéâtre, cirque, hippodrome, thermes, temples, arc de triomphe...-, infrastructures -aqueducs, égouts...-)
◦    incitation au développement de  produits d'exportation vers Rome : céréales, vin... dans des grands domaines ruraux (villae). Plus généralement la conquête a signifié une distribution généralisée de terres aux légionnaires stationnés en Gaule et aux vétérans (après le service actif)
◦    intégration des élites urbaines gauloises dans la citoyenneté romaine, qui n'a pas de dimension politique, mais surtout honorifique et symbolique dans le cadre des cités (tables claudiennes 46, avant édit de Caracalla en 212 qui confère automatiquement la citoyenneté à tous les libres de l'Empire)
◦    syncrétisme religieux

 

On peut retrouver illustrés chacun de ces éléments dans le chapitre d'un manuel de cycle III

page 1 ; page 2 : page 3 ; page 4 ; page 5 ; page 6

 

IV.    intégration : La Gaule devient la base stratégique suffisamment puissante, pour s'opposer aux pressions des Germains cantonnés jusqu'à la fin du Ve siècle à l'Est du limes, même si les Barbares, et notamment les Francs ont mené des incursions victorieuses au IIIe.


Par thierry aprile - Publié dans : M1 HISTOIRE
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